LA CONQUETE DE PLASSANS ( Emile Zola )

Publié le par DEVOTIONALL

 

Quand Emile Zola s’atèle à son quatrième volet des ROUGON-MACQUART, il est toujours le même journaliste et écrivain qui gagne une misère et vit chichement en attendant des jours meilleurs. C’est que Zola n’est pas un homme à concessions, et il ne s’intègre pas vraiment dans cette vie parisienne superficielle où plus que le talent compte surtout votre nombre de connaissances et votre arrivisme. Lui s’entête et poursuit sa mission, celle de dépeindre une société, une époque, par le biais d’une famille et de ses plus infimes ramifications. Il revient à la campagne, au Sud, et à Plassans ( Aix en Provence ) pour ce nouveau volume, qui s’intitule A LA CONQUETE DE PLASSANS. La conquête en question, c’est celle d’un prêtre qui « roule » pour l’Empereur de pacotille, Napoléon III, parachuté par Paris en pleine Provence pour pouvoir contrôler les locaux, car la religion opère encore à l’époque bien des miracles, et on peut facilement maîtriser des foules par la foi, tout comme aujourd’hui on y parvient par la presse et la télé.
 
Le prêtre en question, c’est l’Abbé Faujas, un grand gaillard un peu mal dégrossi, et aux manières rustres. Il semble animé par une rigueur inébranlable, et avoir une incroyable détermination pour atteindre un but mystérieux. Pour se loger, il s’installe dans la maison de François Mouret qui est lui-même marié avec sa cousine, Marthe Rougon. Et l à commence une formidable, étincelante leçon de gestion des personnages, de leur caractère respectif. L’abbé, sur les conseils de la mère de Marthe, entame une grande campagne de séduction à Plassans, et récite un rôle nouveau pour arriver à ses fins. Pendant ce temps, Marthe tombe sous le charme de cet homme de foi inatteignable, et la maison Mouret connaît des heures sombres. Mis à l’écart, le maître de maison finira à l’asile sans avoir rien à se reprocher, pendant que son épouse pète elle plusieurs câbles, toujours repoussée par Faujas. La famille de celui-ci ( la sœur et le beau frère ) débarquent aussi chez les Mouret, et achève la chute du couple et de leur belle vie rangée de bourgeois distingués. On voudrait les éliminer tant ils sont minables, faux, repoussants, mais leur punition sera à la hauteur, la fin du roman est considérée par beaucoup comme trop incohérente et trop « facile », mais au contraire, je la considère jouissive et serait du plus bel effet au cinéma. Ce que Zola veut nous montrer ici, c’est que l’Eglise est complice de l’Etat, que la politique et la religion interagisse pour le contrôle des masses, que la populace est toujours sous le joug de doubles intérêts qu’elle ne peut comprendre et sans possibilité de sortir de l’ornière. Et cela à l’heure où notre Présidentissime semble s’éloigner d’une certaine idée de la laïcité, et regrette le beau temps où la séparation des pouvoirs n’était pas si évidente. Le même qui en sera bientôt à trois mariages, mais pas encore d’enterrements. Zola, reviens vite !




C'est enfin aujourd'hui que je vais me présenter pour la première épreuve de l'agrégation interne, et ce sans avoir bosser pour prétendre y faire quelque chose de positif. Je ne suis pas fier de moi, et même, cela m'oblige à prendre un pari avec moi même : décrocher cette agreg en 2009, en y mettant cette fois le sérieux demandé. Les paris sont déjà ouverts.

Publié dans Journal des culturés

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