ARCADE FIRE : Le néon de la gloire
Sur Arcade fire, les propos les plus disparates animent les discussions sur le web! Ce groupe est aimé de tous (Bowie, Byrne et compagnie) à défaut de vendre des millions d'albums. Leur attitude anti-commerciale, très proche du Radiohead de l'époque "Kid A", a donné naissance à un culte qui devient presque aussi gros que celui de Bruel chez les joueurs de poker. Une bonne majorité de la planète musicale a des attentes faramineuses envers "Neon Bible" et les sceptiques ont déjà préparé leurs missives. "De la hype bon marché" d'un côté et "de la redite sans imagination" de l'autre. Pourtant, le band de Win Butler ne s'appelle pas Bloc Party ou Franz Ferdinand. Il sait livrer la marchandise au moment le plus opportun. Et ce second album a tout pour affoler les critiques branchouilles du monde entier.
L'univers fou de ces membres qui s'ajoutent comme des abeilles sur le bon miel ( ou des mouches sur... enfin bref, vous avez compris )- il y a maintenant dix personnes sur scène lors des spectacles si endiablés - est de mélanger des éléments gagnants avec quelques détours plus sombres. Il n'est guère surprenant d'apprendre que la ribambelle d'instruments imaginatifs et inusités est de retour. Le son qui découle de cette réalisation chargée en intensité se veut cathartique. C'est un nouveau langage pour la religion, comme en fait foi la magnifique pochette, le nom du disque et des chansons, l'enregistrement dans une église, la présence de l'orgue, etc. Ce nouveau dieu atteint une noirceur extrême dans les textes torturés et les ambiances malsaines, certainement autant que le The Cure des années "Pornography". Les morceaux épiques et rythmés sont heureusement de retour. Le "Black Mirror" de l'introduction sonne rapidement la charge. L'efficacité n'est plus du type "Laika" ou "Power Out", mais encore plus profonde et insidieuse. Pour bien apprécier chaque titre à sa juste valeur, l'auditeur n'aura d'autre choix de repasser en boucle les mélodies jusqu'au temps où la conversion s'effectuera. Les jumelles "Keep the Car Running" et "No Cars Go" seront possiblement les plages les plus appréciés au début et les moins aimées par la suite. La première est linéaire sans être totalement magique alors que la seconde n'est qu'une reconstruction d'un petit chef d'œuvre présent sur le EP qui a fait connaître Arcade Fire.
Beaucoup plus calme, atmosphérique et ingénieuse est la chanson titre qui ralentit, l'espace de deux petites minutes, la cadence. De quoi apprécier encore plus les textures lorsque l'uniformité n'est pas totale. Magistral regain d'énergie sur le futur tube "Intervention". La prose est plus vampirique qu'humaine et lorsque l'orchestre embarque, les frissons se font ressentir. En concert, cela doit être mémorable. Le diptyque "Black Wave/Bad Vibrations" permet à Régine Chassagne de chanter délicieusement en français avant que Butler fasse tout exploser de sa voix orageuse. Il y a même des chœurs divins pour signifier que la voie du paradis n'est pas très loin. "Ocean Noise" emprunte plutôt le chemin de la douloureuse introspection, l'implosion inconsciente. Avec la chaude finale destructive carrément gothique "My Body is a Cage" qui permet à un fabuleux chanteur de se mettre à nu pour soulager son âme. L'énergie, très différente d'une intense et plus classique "The Well & The Lighthouse", équivaut à cette évolution qui manque cruellement à une multitude de bands qui semblent toujours jouer des mêmes accords. Dans la mêlée, il est "presque" normal d'oublier la plus Dylan "Antichrist Television Blues" qui fait découvrir quelques racines lorgnant davantage vers l'ouest américain.
Sans prétendre au titre de l'album de l'année (2007 est encore jeune et déjà, on annonce les nouveaux Air, The Cure, Corbier, et autres Emile et Image ) "Neon Bible" est une autre charge rédemptrice à conseiller aux auditeurs gagnés par fièvre Bloc Party, histoire de commencer une saine désintoxication. Pour une fois qu'une formation majeure et importante est portée aux nues pour les bonnes raisons, il ne faut vraiment pas s'en priver parce que tout le monde en parle...Reste le plus dur, ne pas se transformer en Coldplay, machine à redites et concerts baroques et larmoyants, et continuer à croître artistiquement et commercialement.
* La white sessions de ARCADE FIRE
