HARCELES ( De Neil LaBute )

Publié le par DEVOTIONALL

                                             ***   GRAND ECRAN   ***


HARCELES ( de Neil LaBute )

On choisit rarement ses voisins, c’est une évidence. Prenez moi, par exemple. Entre une vieille hystérique qui a peur du moindre bruit ( capable d’identifier la chute d’une feuille de papier format A4 au cœur de la nuit ) et une péripatéticienne qui transforme les couloirs de l’immeuble en vide grenier, il m’arrive parfois de vouloir m’isoler en pleine campagne, dans une de ces fermes au milieu de nulle part, avec les animaux pour seule compagnie. Les petits pavillons modèle américain aussi, ça n’a pas l’air si mal ; vous savez ces charmantes habitations, cet « american way of life » petit bourgeois dont on vous gave, entre « Desperate housewifes » et la crise des suprimes ? C’est un peu caricatural, mais charmant, non ? Sauf quand votre voisin est pour le coup Samuel L.Jackson. En voilà un qui vous met assez facilement les jetons, rien qu’à apparaître et à vous fixer. Ici ce père célibataire et flic maniaque va vraiment pourrir au dernier degré l’existence d’un jeune couple mixte ( lui est blanc, elle est noire, l’Amérique n’est plus raciste et Obama va être élu ) qui n’avait pourtant dérangé personne jusque là.

Pour Chris et Lisa, emménager dans leur maison de Lakeview Terrace est un rêve devenu réalité, et ils ont bien raison d’en profiter vu les taux d’intérêt à coût variable qui pourrait les ruiner prochainement. Pourtant, rapidement, les deux jeunes gens deviennent la cible de leur voisin, qui désapprouve leur relation interraciale. Cet homme strict et austère, père célibataire et policier, s'est autoproclamé responsable de la sécurité du quartier. Si ses patrouilles nocturnes et sa surveillance constante procurent un sentiment de sécurité à certains, il se montre de plus en plus oppressant envers le jeune couple, allant jusqu'à les harceler chez eux. Lorsque Chris et Lisa décident de riposter, ils déclenchent une spirale infernale que plus personne ne pourra arrêter...Tout ceux qui ont déjà rêvé d’assassiner leurs voisins, ou sont persuadés qu’ils habitent près d’un dangereux psychopathe en sourdine, se reconnaîtront peut être dans ce thriller de proximité.

Le problème du film, c’est son absence de subtilité. Pourquoi l’un est-il si méchant et vindicatif ? Pourquoi ce petit couple tranquille de bobos bourgeois est-il quand même irritant, alors qu’il n’a rien fait ? Vision dichotomique assez classique de la société américaine, avec des acteurs qui portent les traits de caractère sur leurs visages, histoire d’être sur que le spectateur moyen comprendra dès le premier coup d’œil. Le coté positif, c’est quand même cette tension qui monte graduellement, cette relation de voisinage qui s’envenime jusqu’au point de non retour. On se dit que ça peut aussi nous arriver, d’ailleurs les faits d’hiver, et Julien Courbet, le justicier du Paf, nous le rappellent régulièrement. Cela dit, LaBute, le réalisateur, nous abreuve copieusement de poncifs hollywoodiens, avec la femme qui sombre dans l’hystérie, le méchant qui résiste aux chocs et n’est jamais mort, les vrais faux suspens dont on devine la fin mais qui fait quand même frissonner… Alors oui, une impression mi figue mi raisin, pour ce film dont le titre en Vf, Harcelés, est plus racoleur mais moins inspiré que l’original, « Lakeview Terrace », et qui aurait eu tout à gagner avec un soupçon d’ambiguïté en plus. Mais la société américaine, ces temps derniers, s’habitue particulièrement bien à ces visions dogmatiques d’un monde figé et clanique. Pas étonnant qu’ils veulent se foutre sur la tronche… (6/10)


Attention : Voisin méchant. D'ailleurs il est noir et à l'air d'un assassin.
De bons gros clichés pour rassurer l'américain moyen.

Publié dans AU CINE CE SOIR

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