Tex, western à l'italienne

Publié le par Devotionall

Le journal des culturés présente :

TEX : Une histoire de western à l'italienne

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, les américains ne quittèrent pas l'Italie qu'ils venaient de délivrer, comme ils laissèrent la France, par exemple. Tout d'abord car ils étaient en terre conquise, au bout du compte, mais aussi car la population locale les avaient accueuillis avec une fougue et un enthousiasme extraordinaire. Ils restèrent donc, instaurèrent des bases militaires, et impregnèrent la culture italienne des 40's et des 50's d'un americanisme basique et idéaliste. Cette culture eu de profondes repercussions sur les enfants notamment, fascinés par le mythe américain, les récits des émigrés italiens, le mirage de l'industrialisation ( qui finra tout de même par se concrétiser ). Ainsi les bandes dessinées italiennes, au lendemain de la guerre, se retrouvent elles pleines de ces hèros du west, ces cow boys, indiens, et autres pionniers, qui parlent tranquillement la langue de Dante sur des mustangs et partent chercher l'or en chantonnant O sole mio.

Parmi ces héros, le plus etonnant, car toujours en service en 2006, est Tex. Tex est un ranger, un savoir une sorte de super cow boy dans le sud des Etats Unis, à la fin du XiX° siècle. Son role est d'effectuer la médiation entre les colons sans scrupules, qui pour de nouvelles terres n'hésitent pas à sacrifier les indiens, habitants des lieus depuis toujours, et ces derniers, assoiffés de vengeance. Tex est le cow boy par excellence, il est téméraire et ne craint rien, craque une cigarette à la fin de chaque phrase ( et n'a toujours pas eu de cancer du poumon cinquante ans plus tard, c'est miraculeux ) et fait parler les poingts et le colt pour se faire entendre de ceux qui font la sourde oreille. A chacune de ses étapes dans les villes du west américain, Tex declenche en général une rixe  dans les divers saloons où l'attendent des individus à la mine patibulaire qui sirote une bierre en fixant leurs éperons. Tex prend rarement de bains, encore moins de douche ( avec toute la poussière qu'il avale à cheval, il devrait pourtant ressembler à un rescapé de Paris Roubaix arrivé une demie heure derrière le peloton ), il se contente de faire ses ablutions dans un grand baquet plein d'eau chaude et de lessive, parfois avec les sous vêtements, à la dure. Il a aussi des amis fidèles qui le suivent dans toutes ses pérégrinations. Un vieux ronchon qui manie le colt comme je manie la queue de billard, Kit Carson, et un indien navajo, Tiger, la caution raciale de la BD, comme quoi Tex n'est pas un raciste, il a des amis indiens! Tex entraine aussi souvent son fils dans ses aventures, qui le mène d'une tribu à l'autre, d'un ranch à l'autre.

En Italie, Tex est publié par la maison d'édition Bonelli et est le plus grand succès commercial de la bande dessinée locale de l'après guerre. Ces aventures exotiques et au relent de bons vieux western spaghetti ont conquis des millions de lecteurs en cinq decennies, et restent en 2006 le fleuron de la production Bonellienne, qui compte aussi dans ses rangs des calibres comme Zagor, Martyn Mystère ou Dylan Dog. Rien ne bouge dans l'univers de Tex, les mêmes traits de caractère, les mêmes situations, les mêmes paysages, rythment les 99 pages mensuelles en noir et blanc pour le plus grand plaisir d'un public que cet immobilisme rassure : si Tex est encore là, alors une partie des rêves de l'après guerre, une partie de l'innocence des italiens qui rêvaient à un ailleurs aventureux et chargés de promesse est encore en vie. Tex a donné naissance à toute une série d'épigones plus ou moins identiques et réussis comme le Petit Ranger, Pecos Bill, et beaucoup d'autres, mais aucun d'entre eux n'a su conserver cette popularité inattacable à travers les ans. En France, Lug puis Semic a longtemps publié Tex dans de minuscules petits formats comme Rodeo, par exemple, sans pour autant réussir à imposer le personnage au pays de Super Dupont et d'Asterix. Il est vrai que le west, de Lille à nice, a l'accent désabusé d'un lonesome cow boy et de son cheval blanc, Lucky Luke, et de sa lutte absurde et ironique avec les Dalton. Tex, lui, aurait déjà pendu Averell par les pieds au dessus de fourmis rouges, et expédié Joe directement chez le croque mort, depuis longtemps.  A coté de Lucky Luke, Tex a le sérieux d'un film d'art et d'essai hongrois.

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Bang Tu es mort! Tex vient de trouer Joe Dalton. 

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Publié dans Journal des culturés

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