L'affaire Bortolotti. De la poudre dans le calcio

Publié le par Devotionall

A partir d'aujourd'hui, nouvelle série d'articles ( un à deux par semaine ) qui vous mèneront à travers les coulisses peu reluisantes de la serie A et du football de haut niveau. L'envers du décor, en somme, pour mieux cerner ce que représente en fait ce grand Barnum en représentation permanente. Ma connaissance du campionato ( presque 25 ans à suivre ces palpitantes aventures...) ainsi que des relations tissées dans le milieu au fil des ans m'ont permis d'accumuler un certain nombre d'anecdotes, thèses renforcées par les journeux et certains ouvrages, dont j'essaierai de vous donner les références. Ce vendredi, retour sur la drogue dure dans le monde du calcio.

Cocaine et calcio font ils bon ménage? La réponse la plus évidente que je puisse vous donner réside dans le cas de Edoardo Bortolotti, ex joueur de l'équipe de Brescia et ancienne promesse jamais maintenue de la Serie A.

Le corriere dello sport titra en première page :   Fu quasi un campione, si uccide ( Il fut presque un champion, il se tue )  Bortolotti venait tout juste de se suicider, nous étions le 3 septembre 1995. Issu du centre de formation du club lombard, ce jeune joueur avait tout pour devenir un futur grand du championnat, selon ses entraineurs. Technique, le physique, tout, saut le principal, c'est à dire un mental adapté à cette nouvelle vie de tentations et de gloire ephémère. Bortolotti, membre de l'équipe d'Italie espoir, fait son retour, en avril 91, dans l'équipe première de Brescia, après une longue absence due à la fracture du péroné. A la fin du match, son nom est tiré au sort pour le controle anti doping traditionnel ( en Italie trois joueurs par équipe ), et c'est pour Edoardo le début de la fin : il s'avèrere positif à la cocaine. Bortolotti est d'emblée suspendu pour un an complet, la peine dèjà prononcée contre Peruzzi, quelques années auparavant, quand ce dernier jura aux quatre vents son innocence et prétendit avoir juste ingéré du Lipoppil, une substance pour digérer après des excès de table. Bortolotti a la candeur de l'innocence et admet tout, il se raconte pour les gazettes sportives. Sa trajectoire est éloquente : la fracture à la jambe, la rupture avec la fiancée, la depression, les problèmes pour revenir en forme... On se croirait presque dans un fillm de Sorrentino; d'ailleurs c'est pour ainsi dire le cas, quelques années après, avec L'uomo in più, histoire tragique qui ressemble à celle de Bortolotti.

Bortolotti était revenu pour un bout de match contre l'Ancona, en 1992, puis il est momentanément preté au Palazzolo, modeste club de serie C, pour finir ensuite chez les amateurs, à Gavardo, pour suivre un programme complet de réeducation et revenir en forme. Ce chemin de croix prend fin le 2 settembre 1995. Bortolotti se lève, absorbe un somnifère, puis se jette de son balcon. A quelques mètres de là, son père prenait bien tranquillement un café au bar du coin, ignare du drame qui allait se jouer.

Une fin qui n'est pas sans rappeller celle que pouvait faire Gianluca Pessotto, ex azzurro et joueur de succès de la Juventus et de la Cremonese, qui s'est jeté du toit du siège social turinois, l'été dernier, suite à une depression. Pessotto a t'il craqué pour n'avoir pas supporté la fin de sa carrière et de son corollaire d'excès?  Pour ne pas parler d'Adrian Mutu, funambule roumain, qui decroche un contrat milliardaire au Chelsea d'Abramovitch, fréquente toutes les top models en vogue à Londres, épouse puis divorce de Miss Roumanie, et se met dans le nez des kilos de poudre pour rester à la hauteur, dans tous les sens du terme. Controllè positif, Mutu est licenciè, mais la Juventus le sauve de la depression et le relance en Serie A. Un cas de resurrection in extremis; toutefois n'allez pas croire que Mutu carbure désormais au coca cola... Au final, ne vous leurrez pas : de très nombreux joueurs de la serie A ( mais aussi chez vous, en Angleterre, en Allemagne... ) carburent à la poudre blanche. Pour ce que j'en sais, et les rumeurs persistantes, ça sniffe joyeusement à Rome, et dans les clubs du sud profond. Et on s'etonne de les voir aussi agressifs, le dimanche, en culottes courtes, deriière un ballon...

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