HALF NELSON ( De Ryan Fleck )

Publié le par DEVOTIONALL

Qu’est ce qui peut bien rapprocher un prof d’histoire un peu contestataire et surtout accroc au crack, et une adolescente, une jeune black solitaire et trop livrée à elle-même ? C’est bel et bien ce que va vous apprendre le formidable HALF NELSON, qui mériterait la palme toute virtuelle de meilleur film de l’année, délivrée par votre site préféré. Un film de personnages, d’acteurs parfaits qui trouvent toujours une incroyable justesse de ton, un film désabusé sur une Amérique post rêve brisé, où les illusions et l’absurdité du quotidien sont le suc d’un long métrage en dehors des canons, plein de poésie, filmé au plus près des comédiens, presque sur le mode du reportage. C’est magistral.
Brooklyn. Un collège à majorité afro-américaine. Jeune prof d’histoire idéaliste, accessoirement coach de l’équipe de basket féminine, Dan Dunne fait office d’extra-terrestre au sein de l’établissement. Blanc, un peu rebelle, très passionné, ses coudes coincent à l’entrée du système mais devant sa classe il assure, capte l’intérêt des jeunes élèves. En privé, c’est moins glorieux. Solitaire et accro à la fumette de crack, il essaye d’écrire sans grande conviction, regarde sa vie se déliter, se perd dans des soirées douteuses. Un soir son élève Drey, 13 ans, le surprend dans un état second. Elle, sa mère bosse comme une folle au SAMU, son père est aux abonnés absents, son grand frère est en prison pour une affaire de stups. Dan, Drey, deux abandonnés viennent de se trouver. C’est leurs parcours que vous allez suivre désormais…
Ce film est intelligent et subtil, voilà tout. Pas d’histoire graveleuse ni de rhétorique pesante, cette relation entre deux amis ( et juste amis ) que rien ne semblait rapprocher est une grande leçon d’humanité portée à l’écran. Le vide d’un regard, un geste nerveux, une attitude cool qui cache mal un mal de vivre récurrent, Ryan Gosling explose enfin dans un rôle à oscar ( si le monde était bien fait ) après un « La faille » mi figue mi raisin ( pour lui en tous les cas ). C’est l’histoire de deux solitudes qui se cherchent et se trouvent dans un monde égoïste où aucun des deux n’a vraiment trouvé de place précise. La petite Shareeka Epps est très bonne elle aussi, mais qui ne l’est pas dans ce Half Nelson ? Parfois bouleversant, souvent subtilement drôle, lucide mais sans juger ou prétendre donner de leçon, ce film est un ovni, un objet cinématographique passé plutôt inaperçu, que vous êtes invités instamment à découvrir. Quand vous verrez Gosling avec son sparadrap aux couleurs américaines sur la lèvre, en fin de film, vous comprendrez mieux le parti pris pour ces personnages délaissés, mais si attachants. Vous avez dit chef d’œuvre ? (8,5/10)



Le film vu par le Monde
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Publié dans AU CINE CE SOIR

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