LES CONFESSIONS DE ROUSSEAU

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ROUSSEAU, l'homme de lettres, a le préambule modeste. il définit son oeuvre avec peu de mots, choisis avec soin et particulièrement éloquents. 
"Je forme une entreprise qui n'eut jamais d'exemple et dont l'exécution n'aura point d'imitateur. Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce sera moi.
Moi seul. Je sens mon cour et je connais les hommes. Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus ; j'ose croire être fait comme aucun de ceux qui existent. Si je ne vaux pas mieux, au moins je suis autre. Si la nature a bien fait ou mal fait de briser le moule dans lequel elle m'a jeté, c'est ce dont on ne peut juger qu'après m'avoir lu.
Que la trompette du Jugement dernier sonne quand elle voudra, je viendrai, ce livre à la main, me présenter devant le souverain juge. Je dirais hautement : "Voilà ce que j'ai fait, ce que j'ai pensé, ce que je fus. J'ai dit le bien et le mal avec la même franchise. Je n'ai rien tu de mauvais, rien ajouté de bon, et s'il m'est arrivé d'employer quelque ornement indifférent, ce n'a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire ; j'ai pu supposer vrai ce que je savais avoir pu l'être, jamais ce que je savais être faux. Je me suis montré tel que je fus ; méprisable et vil quand je l'ai été, bon, généreux, sublime, quand je l'ai été : j'ai dévoilé mon intérieur tel que tu l'as vu toi-même. Être éternel rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables ; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. Que chacun d'eux découvre à son tour son cour aux pieds de son trône avec la même sincérité ; et puis qu'un seul te dise, s'il l'ose : Je fus meilleur que cet homme-là. "

Ce qui me frappe et me plait, chez Rousseau, c'est cette immodestie presque risible et qui fait pourtant la marque de certaines esprits de talent. Pourquoi se cacher quand on se sait au dessus de la mêlée? L'orgueil que renferme cette présentation des Confessions est excellente, l'auteur nous propose son propre soi même comme sujet d'étude digne de rester à jamais gravé dans les mémoires de la postérité. Le sujet, c'est le moi, c'est une aventure merveilleuse, une grande saga épique, l'existence d'un homme qui se met à nu et s'analyse avec la froide passion de celui qui préfère laisser le monde graviter autour de lui, plutôt que de devenir un simple satellité anonyme. Les Confessions sont un pavé, qui n'en finit pas. A boire et à manger, du très bon et du superflu. Mais puisque des penseurs de cette envergure, nous n'en rencontrons plus guère, dans un monde où Beigbeder ou Henri Levy s'arogent en mètres étalons de la sous culture au rabais, l'effort mérite encore qu'on s'y attarde, ne serait ce que pour retrouver le sens du mot sincérité, quelque part derrière ces pages innombrables.


Les Confessions se lisent à travers le monde
Rousseau is a very good ambassadeur french.

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