BRETT ANDERSON EST DE RETOUR

Publié le par DEVOTIONALL

Jarvis cocker avait annoncé clairement la couleur ( album "Jarvis" ces dernières semaines ) de l'après Pulp; Brett anderson vient donc nous signifier qu'il y a une vie après Suede, mais aussi après The Tears, son dernier groupe. Sorti en cette mi mars, le premier album solo roi incontesté des glandeurs britaniques, après l'éclatement des sous-estimés The Tears, formés avec son ancien complice Bernard Butler, est plutôt une bonne nouvelle mais qui ne tient pas toutes ses promesses musicales. Il manque ce coté pop catchy flamboyant qui a fait le succès de ses créatures précédentes, et la gloire passagère de ces groupes, toutefois la charge émotive et mélancolique de cet essai solo est notable et remarquable. Anderson comme Cocker semble en recherche de crédibilité et tente, par des arrangements hasardeux (merci la flûte de pan et les synthétiseurs violons cheapos), de se tailler une place dans la catégorie des crooners mi-lourds qui recycle, depuis le succès de Morissey, les ex-stars glamours de la pop anglaise. L'honnêteté nous impose toutefois de noter qu'il bat facilement tous ses adversaires, par Ko technique dès la première reprise.

Anderson se débarrasse ainsi de la dimension glam-rock et crâneuse qui avait fait sa réputation de showman à l'époque de Suede. Il évacue par la même occasion une bonne partie de son charme vénéneux et des thèmes qui avaient fait l'excellence de Dog Man Star, en 1994, à savoir le désespoir lié au succès, la renommée, les addictions, la rock n' roll attitude, les accidents de bagnole. Pour ceux qui s'en souviennent, Suede aura été, pendant la vague britpop, le plus américain des groupes anglais, le plus sonore et le plus électrisant. Ici, Brett Anderson est à poil (où sont passées les poses androgynes?) et chante comme il se présente sur la pochette de l'album - imaginée avec Pete Saville : sans fausses notes et en bon père de famille. Il arrache les larmes et la compassion à grand renfort de ballades déchirantes, et distille chez ses auditeurs une furieuse envie d'ouvrir le gaz avant de s'endormir. 

Sa voix si caractéristique (on desteste, ou comme nous, on adore) reste néanmoins un atout extraordinaire par son grain reconnaissable entre mille et sa capacité de modulation. L'écriture d'Anderson est capable du meilleur, le plus souvent (Song For My Father, The More We Possess The Less We Own of Ourselves), comme du pire (le lénifiant Infinite Kiss et le mouille-culottes Love is Dead). Sur Dust And Rain, le meilleur titre de l'album, on croit retrouver le Brett Anderson des meilleures années, tout comme on le poursuivra dans des paroles d'un niveau au dessus de la moyenne. Orphelin de Butler, Anderson assure en effet un service musical minimum sans perdre tout à fait de sa séduction naturelle. Il réussit quelques très bonnes phrases qui l'exposent en phase avec sa nouvelle musicalité, un rien contrit, solitaire et globalement en manque d'amour. "the telephone rings but no one ever thinks to speak to me/ the traffic speeds by but no one's ever stopped here yet/ intelligent friends don't care in the end, believe me, love is dead, love is dead", chante-t-il sur le single. On a encore un peu de mal à le voir disparaître derrière son égo formidable : now my body is sand/ and the wind blows through me/ like the soil on your hand/ i am compost and leaves, mais Brett Anderson se soigne et finit par nous émouvoir par quelques jolies formules. Et puis le magnifique Scorpio Rising, à la beauté vénéneuse, absolument imparable vient nous rappeller que le gaillard en a encore de belles en reserve. En baissant la tête, il parvient à enfin nous regarder dans les yeux et à nous faire partager ses larmes acides. Anderson est charismatique. Il a beau faire, son lyrisme lui colle à la peau. Pas sûr qu'il arrive à mettre son passé (Filmstar, Beautiful Ones, Trash, The Drowners, pour ne citer que ces quelques titres) derrière lui avec cet album, mais c'est plutôt bien essayé voire necessaire tant notre dose de Brett Anderson nous manquait : on a tous un petit coté glandeur frimeur, une flamboyance qui nous pousse à nous la raconter jusque tard dans la nuit du samedi entre une vodka et l'autre, une fille et l'autre.  Décadent? Allons donc! (7/10)   ( merci au site Fluctuat )

Toujours pas de chemise à fleurs dans la garderobe de l'ami Brett...

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