300 - La bataille des Thermopyles

Publié le par DEVOTIONALL

Le journal des culturés présente

300 : Le chiffre spartiate

Frank Miller, l'auteur du graphic novel qui a inspiré le film 300, explicite les raisons qui l'ont poussé à aborder ce sujet mythologique : "J'étais enfant lorsque je découvris Sparte au cinéma, dans le film LES 300 SPARTIATES. J'ai compris ce jour-là que tous les héros ne finissent pas médaillés, et qu'il existe aussi des hommes qui agissent par pure conviction et qui sont prêts au sacrifice ultime. Toute ma vie, j'ai eu envie de raconter leur histoire. Je n'en connais pas de plus belle." Cette histoire, il l'a donc accompagné jusqu'au grand ecran, sous la forme d'un film basé sur des images de synthèse, triomphe du tout technologique de l'ère post moderne.

Sparte. Une philosophie, une ville, un art de la guerre. Sparte et la légendaire bataille des Thermopyles (rien à voir avec duracell, bande d'idiots). Sparte et son roi Léonidas, qui, pour un idéal, un héritage séculaire, une ligne de conduite, emmène ses 300 meilleurs soldats à une mort certaine.
Nous sommes au Ve siècle avant Jésus-Christ. La Grèce est divisée et devient la cible du puissant Empire Perse, dirigé par Xerxès, demi dieu de pacotille à l'aspect inquiétant. À la demande de soumission totale et d'un lourd tribut à payer, Léonidas répond par la force en tuant l'émissaire Perse, déclenchant ainsi une guerre qui semble perdue d'avance. Le roi part donc avec l'élite de son armée, sans le soutien de l'Assemblée et des Ephores. Leur haut fait guerrier et leur sacrifice conduiront la Grèce a enfin s'unir pour anéantir l'armée Perse et poser les premiers jalons de la démocratie. Voilà en gros le synopsis d'un spectacle haut en couleur et particulièrement gore!

D'un style épuré et radical, l'œuvre inspirée et supervisionnée par Frank Miller ne s'embarrasse pas des contraintes historiques et narratives classiques et prend surtout comme prétexte une fantastique épopée guerrière pour nous parler de liberté et de démocratie. Cette réthorique imprègne tout le film de Zack Snyder qui reprend le même principe qui avait fait le succès de l'adaptation (mauvaise) de « Sin City » : retranscrire presque image par image le découpage de la bande dessinée. Le montage et les angles choisis pour la mise en scène sont très fidèles à l'œuvre initiale : le cinéma est totalement au service de la bande dessinée. Il en découle par conséquent un léger chaos narratif car il n'y a pas vraiment de liant, pas vraiment d'épaisseur scénaristique. Tout est principalement centré autour de la bataille, même si certaines libertés ont été prises quant au matériau originel pour étoffer un tantinet l'histoire avec des ressorts politiques. Les puristes le regretteront peut-être, mais la volonté de prendre du recul par rapport aux scènes d'action permet au spectateur de souffler et au long-métrage de se permettre des écarts de rythme salutaires. Pour le reste, toutes les scènes clés de la bande dessinée sont magnifiquement adaptées : on retrouve les mêmes angles excessivement fuyants, une certaine science de l'exagération, l'abus des plongées et contre plongées, l'alternance de sublimes gros plans et plans d'ensemble, etc. du grand art techinque, en somme, au service d'une mise en scène violente et ultra efficace.

Si l'ensemble tient aussi bien la route, c'est aussi grâce à des personnages très réussis et un casting judicieux car reposant exclusivement sur une communauté guerrière. Le roi Léonidas est incarné par Gerard Butler vu notamment dans le « Fantôme de l'Opéra » du médiocre Joel Schumacher. Ses capacités athlétiques, son penchant à hurler la moindre phrase et sa jouissance à l'idée de se battre font de lui l'interprète rêvé du personnage mythique. Pour lui donner la réplique, à part des figurants aux physiques de catcheurs, on croise le chemin de David Wenham - Faramir dans « le Seigneur des Anneaux » - et de la belle Lena Headey - déjà vue dans les « Frères Grimm »- qui campe à merveille l'épouse et reine de Sparte. Vous aimez les corps de gladiateurs enduit d'huile et de sueur ( à la Devotionall en somme )? Ce film est fait pour vous, petites lopettes.

Alors oui, le film est bardé de défauts avec un casting constitué quasi exclusivement de brutes sculpturales, des dialogues minimalistes et sans grands reliefs dont la seule vocation est de réveiller la bête en nous. Oui, tout est numérique et grandiloquent ( et donne parfois l'impression de regarder un jeu de PS2, on se surprend à chercher la manette du coin des yeux ). Oui, Zack Snyder fait souvent et lourdement référence aux « classiques » du genre (« Gladiator », « Braveheart », « Spartacus », etc.) et empreinte leur panache. Mais que l'on aime ou pas le genre, que l'on soit cinéphile ou pas, « 300 » est - objectivement - l'archétype même du film réussi car il va jusqu'au bout de son concept, car il assume totalement ses partis pris. Le long-métrage de Zack Snyder est ce qu'il est : une adaptation réussie d'un roman graphique des plus belliqueux. Cinématographiquement mineur, « 300 » appartient à cette catégorie de longs-métrages qui n'ont pour raison d'être que le divertissement pur et simple ( encore que les références mythologiques ne font jamais de mal dans une société aussi inculte ) et qui mettent le paquet pour atteindre leur saint Graal personnel. Dans la cas qui nous occupe aujourd'hui, il y a fort à parier que vous ne regretterez pas le prix du billet. (7,5/10)

Avis 300 (21 Mars 2007) 

En bonus, une chouette affiche dans le pur style fascisant des années 40.

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Publié dans Journal des culturés

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