Blazers 57 : GUS GUS Tristesse islandaise
Parce que l'Islande, en réalité, ce n'est pas que Bjork. C'est aussi GUS GUS, un groupe polyedrique dont les membres vont et viennent ( erotique, cette phrase... ) et semblent interchangeables. Ils produisent au final une musique electro racée, de classe, et de glace. Une certaine froideur qui rechauffe, c'est un paradoxe, mais c'est comme ça. Des morceaux formatés pour les discothèques, mais pas celle de vos quartiers, plutôt les salons lounge ou technos des clubs d'élite, ceux où l'entrée se fait sur présentation de la carte VIP. Pourtant les Gus Gus n'ont jamais réussi à véritablement percer dans le coeur du grand publig français, victime aussi de leur incapacité à produire le vrai grand album qui les propulsera au rang de stars certaines. Dernière chance avec le nouvel opus prévu pour lundi, et pas certain que ce soit la bonne...
Tout avait pourtant très bien commencé. après un premier jet éponyme et autoproduit, les islandais de Gus Gus lançaient en 95 un album du nom de Polydistortion, savant mélange d'electro et de voix doucements robotiques, le tout vaguement retro années 70 : succès assuré et la critique est elogieuse. Deux ans plus tard, avec This is normal, le ton se durcit et le rythme se technoïse d'avantage, se radicalise. Le groupe y perd au passage ses premiers fans, qui ne retrouvent pas la candeur des premiers pas. Pourtant certains morceaux sont diaboliques, comme le très bon Love Vs hate. En 2000 sort Gus Gus Vs T-world, un petit fourre tout, des compositions signées par deux membres du groupe suivant de vieux morceaux de l'ère pre Gus Gus : un bide total et l'assurance de revenir à la case départ. Pour se relancer, l'album de 2002, Attention, est l'objet de toutes les attentions de la presse spécialisée. Mais personne n'en fera un disque de chevet : le groupe islandais a perdu de son souffle, et les morceaux tournent souvent en rond. Des redites, des circonvolutions, du bla bla musical réchauffé, pas de grande prise de risque. La trversée du desert s'eternise donc, et de Gus Gus il ne semble devoir rester qu'un nom curieux, et des auditeurs sur leur faim. 2007 année de grâce? Le nouvel album est enfin là : voici donc Forever!
Que dire de cette dernière mouture? Imaginez que vous vous passiez en boucle chez vous le Best of Tuning 2006, et vous allez comprendre à quel point la musique binaire de Gus Gus est devenue obsoléte et franchement décevante. Des morceaux qui tombent à plat comme de bonnes grosses crêpes normandes, et qui ont la même legèreté : rien de bien comestible, du gras et du très gras, digne des pires journées de contact FM. Certes nous grossissons un peu le trait et cette chronique se veut volontairement abrasive, mais comment un groupe aussi prometteur a t'il pu en arriver là, oublier son talent et ses promesses, pour s'abandonner au coté obscur de l'electro, le beat facile et irritant, sans âme aucune. Gus Gus jouait donc une grande partie du peu de crédibilité restante sur ce nouvel album. Comme disent les nouveaux accros de la mode du moment ( la secte de Bruel, ancien chanteur pour midinette reconverti dans les jeux de hasard sur tapis vert ) les islandais ont fait tapis. L'album est Forever, le mal nommé...(5/10)

