De l'inutilté de l'art en 2007
Aujourd'hui, retour sur quelques considérations bien utiles : l'art est probablement mort et enterré, et nul n'est besoin d'aller exhumer la dépouille pour s'en rendre compte. Petite explication sans prétention, et suite de notre mini best of pour faire oublier aux lecteurs qui ont déjà repris le boulot que Devotionall continue de glander quelque part en Italie. D'ailleurs, sauf chagement de dernière heure, aujourd'hui ce sera Ercolano ( Herculanum ) et ses ruines romaines. Bonne journée et rendez vous demain avec la suite du B.O et les pérégrinations des Blazers, petite équipe sans conviction perdue dans un championnat de géants.
MARDI 7 JUIN 2005 14H30
Je devrais déjà avoir commencé, voire achevé, mon premier roman depuis bien longtemps.
Pourtant, au moment où j’écris ces quelques lignes, seule une série d’ébauches me rappelle mon intention première, des amorces éparses perdues au fil des pages de mon carnet Moleskine. Ce ne sont pas les idées qui me manquent, ni même l’inspiration ou le courage, je n’ai pas non plus de problème de temps, je me suis mis en congé maladie, ces derniers jours…
Non, il ne me manque rien, ou plutôt, j’ai un dangereux surplus qui m’empêche d’écrire, qui étouffe dans l’œuf toute velléité littéraire : c’est un excédent de lucidité.
Ecrire ce premier roman, ce serait d’abord un acte dépourvu de la moindre modestie ; cela voudrait dire : mes pensées sont tellement importantes, tellement édifiantes, que le monde entier doit avoir une ultime chance d’en connaître la profondeur. Mais aussi et surtout, ce voudrait dire que j’envisage sérieusement de trouver un public dans la masse obscure et grouillante de l’humanité qui m’entoure, et que parmi ces anonymes pathétiques, il y ait suffisamment de personnes aptes à me lire vraiment, à partager mes épanchements. Là, aucun de mes doutes ne résistent à la cruelle certitude que je me leurre. J’ai comme le triste sentiment de participer aux funérailles de l’art sous toutes ses formes, que l’on inhume avec le soulagement habituel procuré par un grand malade qui s’éteint après de longues et indicibles souffrances.
*****
Aujourd’hui, que peut vraiment valoir un livre, un roman, un essai ? Quel destin cruel attend ma production, autre que de finir en piège pour la poussière, sur les rayons encombrés d’une quelconque bibliothèque de quartier ? De toutes façons, tout le monde écrit, de os jours. Je ne compte plus les ouvrages de pseudo artistes, présentés dans des émissions de seconde partie de soirée, à la télé, où des écrivaillons mondains viennent faire le pitre en Gucci pour promouvoir l’inanité de leur labeur. La graphomanie est une des pires plaies de notre société. Vous avez subi un viol dans votre jeunesse, vous avez côtoyé un grand de ce monde, vous avez des tendances suicidaires, vous aimez les fruits de mer mais pas la morue : faites en un livre, racontez tout de votre existence, le pourquoi et le comment, creusez au plus profond du détail et de l’anecdote, pour en extraire la substantifique moelle de la vanité et de l’inutilité. Faut il avoir un si grand besoin de reconnaissance, et une si petite estime de soi, pour éprouver le besoin morbide de confier à tout ces inconnus ses plus intimes secrets ?
Chaque jour des milliers d’arbre sont abattus pour entretenir un marché moribond, qui en se développant tel un cancer, une horrible maladie atrophique, est actuellement devenu une pathétique parodie de ce qu’il fut.
La décadence de la littérature n’est qu’un des nombreux aspects du recul généralisé et inéluctable de l’art, sous toutes ses formes. Mort par atrophie, mort par asphyxie. Même le blog, en règle général profondément inutile et égocentriste ( ce blog ne fera pas exception) contribue à cet enlisement déplorable. Bien sur la situation n’est pas aussi désespérée que celle de la peinture ou de la sculpture ( deux formes d’art qui sont aujourd’hui portées disparues ). Le cas de la musique et du cinéma est différent, puisque là , il est possible, en vendant son âme et en pactisant avec la bassesse atavique du consommateur, de présenter des produits « pseudo artistiques » de consommation immédiate, que le grand public s’empresse d’ingurgiter pour se donner bonne conscience et l’illusion de conserver un ersatz de sensibilité.
Dans ces conditions, il est presque naturel d’en arriver à désirer poser définitivement le crayon, et cesser d’écrire, de produire, pour se contenter de jouer le rôle du spectateur qui assiste à une fin de règne, une fin de cycle. Ce rôle ne me déplait pas tant que cela, finalement. La mort de notre culture commune ne se fait pas avec panache et fanfare, elle est silencieuse, lente et couarde. Mais elle est inéluctable. Pour peu que nous l’acceptions, voire que nous la souhaitions, cela peut devenir presque divertissant, en plus d’être absolument nécessaire. Si le XXI° siècle consiste à élever au rang d’icônes les derniers rejetons de