LES DEUX MONDES ( de Daniel Cohen )
Actuellement, de tous les acteurs de comédie, mon préféré reste et de loin Benoît Poelvoorde. Même si je n’ai pas de sympathie particulière pour la Belgique, il faut bien admettre qu’on tient là un sacré numéro. Imbu de soi et souvent méprisant, ses colères et ses coups de gueule absurde sont excellents. Entre autre ses prestations dans Narco, ou les carnets de Monsieur Manatane, sans oublier Podium. C’est donc pour cela et rien d’autres que je suis allé voir LES DEUX MONDES, en espérant secrètement ne pas avoir affaire à un film du calibre de Le Boulet, une belle patte de mouche sur le CV de Benoît. Hélas, Daniel Cohen s’est fendu d’un scénario potentiellement riche et délectable, mais expédié sans talent ni logique, pour aboutir à une comédie décousue et inégale, qui ne m’a pas laissé un souvenir impérissable, loin de là.
Dans ce film, nous trouvons d’un côté l’étrange tribu des Bégaméniens qui vit dans un monde sauvage et dans un temps reculé (on ne sait exactement où ni quand), et parle une langue inconnue. De l’autre, nous avons Rémy Bassano (Benoît Poelvoorde) qui mène l’existence ordinaire d’un citadin d’aujourd’hui, entre son atelier de restaurateur de tableaux et l’appartement où l’attendent sa femme, Lucile (Natacha Lindinger), et leurs deux enfants. Avec Lucile, ça ne va pas très fort. Elle le quitte pour un médecin humanitaire qu’elle trouve nettement plus charismatique que son trop tendre et timide mari. Ce n’est pas l’avis des Bégaméniens qui accueillent Rémy comme le sauveur attendu lorsque, mystérieusement happé par le sol, il atterrit soudain dans leur monde parallèle. Entre comédie fantasy et gros gags à la française, la mayonnaise ne prend pas.
Benoît Poelvoorde tient le film sur ses frêles épaules, c’est peu de le dire. Tout passe par lui, à travers lui, grâce à lui. Quand il se lance dans ses remarques loufoques et surjoue comme il sait si bien le faire, on ne peut s’empêcher de rire. Mais le niveau des gags qui lui sont offerts, dans ce continuel passage d’un monde à l’autre, fait que tout cela arrive bien trop rarement. En fait, Benoît est vraiment bon, mais perdu dans un navet. Les effets spéciaux ( pour un film français en somme… ) ne sont pas si mauvais, et l’idée de départ, je le répète, est une mine d’or potentielle, mais on ne saura jamais comment interpréter l’ensemble. Poelvoorde pète toujours autant le feu et ses répliques déclenchent toujours l’hilarité, mais il serait quand même bon ton de le voir apparaître par moments dans de véritables comédies de qualité. Les casseroles commencent à s’accumuler, et son talent est un peu galvaudé. A réserver pour les fans inconditionnels, bien entendu. (5/10)

Comme sauveur méssianique, on pouvait rêver mieux...