CHRONIQUES MARTIENNES de Ray Bradbury

Publié le par DEVOTIONALL

RAY BRADBURY est un auteur de science-fiction, et bien plus que cela, en même temps. C'est un poète, un enchanteur des mots, qui sait déceler dans la plus banale des quotidiennetés, l'élément qui donnera naissance à une nouvelle touchante, lumineuse. Parmi ses oeuvres majeures, le recueil de nouvelles CHRONIQUES MARTIENNES fait partie de mon panthéon personnel depuis mes douze ans. A travers des récits écrits dans un style très métaphorique, l'auteur y relate la découverte de la planète Mars, l'élimination des martiens par les humains, la colonisation de la planète par les terriens, et enfin sa désertion. Une belle parabole.

Ces courts épisodes sont souvent pessimistes, mais ils forment un miroir très juste de ce que la Terre aurait pu, ou pourrait encore devenir, si la tendance des contemporains de Bradbury avait continué dans les années suivantes : la course au nucléaire, la menace d'une guerre atomique et de la destruction de la Terre par la folie des hommes, les découvertes spatiales permettant de s'échapper vers un monde nouveau (« la nouvelle frontière » de JFK), les problèmes des minorités noires aux Etats-Unis, le totalitarisme menaçant les libertés individuelles. C'est une version alternative de la guerre froide et de ses conséquences.

C'est ainsi qu'au travers de ces 28 chapitres, Bradbury fait le tour de tous les problèmes de l'Amérique de son époque, en les transposant dans un nouveau monde. Mais il ne fait pas que cela. Il décrit avec beaucoup d'imagination et de poésie un monde extraterrestre peuplé d'êtres à la peau sombre, aux yeux d'or, télépathes, parfois purs esprits sans réalité corporelle, qui ont jadis formé une grande civilisation avec leur architecture solide et magnifique et leurs machines complexes. Imaginez l' accueil que peuvent réserver ces êtres supérieurs aux astronautes américains : d'abord ils les prennent pour des fous, puis pour des envahisseurs. Mais les Martiens ne réussiront pas à chasser les terriens, et sans vraiment le vouloir, les humains vont décimer une grande partie du peuple de Mars.

Une fois Mars nettoyée de la plupart de ses habitants, voilà les Terriens qui s'y installent, avec tout ce que la colonisation peut apporter de bon et surtout de mauvais : d'abord ce sont les vrais pionniers, les chercheurs, les archéologues qui viennent découvrir un monde extraordinaire ; puis arrivent ceux qui veulent fuir une Terre devenue hostile (trop de réglementation, peu de liberté, livres brûlés, menace de la guerre), les utopistes qui voient là l'occasion unique de recréer une Terre idéale. Puis arrivent tous les autres : les noirs fuyant l'esclavage, les prêtres qui veulent convertir les martiens à Dieu pour les sauver de leurs péchés, ou les marchands de hot-dog qui viennent chercher fortune. Et voilà le schéma terrien qui se répète : les blancs maltraitant les noirs ou les inspecteurs de l'Ambiance Morale installant la répression.

C'est donc en condensé l'histoire de l'humanité, d'une certaine humanité, qui se rejoue dans ce livre : de ses faiblesses, de ses défauts, de ses travers mis à nu avec cette subtile ironie et cette douce amertume très Bradburienne, qui font de l'ensemble un chef d'oeuvre incontestable. (8/10)


CHRONIQUES MARTIENNES
Editions Denoël : un chef d'oeuvre

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Publié dans Journal des culturés

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