SYCKO de M.MOORE
Mickael Moore est un pachyderme du cinéma. Je ne me réfère pas à sa présence physique, l'attaque serait minable et un coup bas en dessous de la ceinture. Non, je parle de la grâce et la subtilité avec laquelle il s'acharne sur ses victimes, et la façon dont il les choisit. Moore enfonce les portes ouvertes avec le geste puissant du cow-boy qui vient chercher la rixe dans les saloons. Tout ce qui se fait de plus consensuellement criticable, l'ami Moore se charge de la vilipender sans ménagément, ces temps derniers. Le paladin de l'irrévérence prend beaucoup de risques, et le principal est au final de vraiment finir par lasser son public, surtout si ce dernier est encore capable de recul sur les produits qu'on lui offre.
Après s'être, entre autres, penché sur les adolescents tués au lycée de Colombine dans l'oscarisé Bowling for Columbine, et sur les armes de destruction massive dans Fahrenheit 9/11 (Palme d'Or à Cannes en 2004, choix très discuté et discutable), le plus anti-Bush des Américains s'occupe cette fois du système de santé US pour en faire la critique catastrophique. 47 millions de citoyens sans couverture sociale, mais ce n'est pas tout. A travers son site web, il a fait un appel à témoins qui s'est vite révélé effroyable : 25 000 réponses en une semaine. Sans conteste, les Américains bénéficiant d'une mutuelle avaient également des problèmes à se faire soigner, victimes des lourdeurs administratives du système bureaucratique des entreprises privées fondées sur l'appât du gain plutôt que sur le bien-être de ses adhérents. Si l'on rajoute à cela le lobby des laboratoires pharmaceutiques qui font grimper le prix des médicaments, se soigner aux Etats-Unis devient vite un véritable parcours du combattant. Moore chausse ses rangers et part en guerre avec un film documentaire où il passe en revue tous ce que nous savions déjà, et poursuit sa grande oeuvre contre une amérique décadente, avec la subtilité de l'éléphant enragé.
Moore ne se contente pas de dresser un piteux bilan de sa propre nation, il va même enquêter sur ses voisins ( Canada ) et prend en exemple le modèle français ( cocorico ) qu'il dépeint comme quasi idyllique. Moore n'a pas toujours tort, mais sur le coup, surement pas toujours raison. Le film est tourné comme un périple à travers les affres d'un système, et sait se montrer tour à tour drole, piquant, mais aussi pathétique ( tentatives futiles de faire pleurer et s'apitoyer le péquin moyen ) et de mauvaise foi. Bref du bon et du beaucoup moins bon, un pamphlet plus qu'une enquête minutieuse, une charge aussi objective que peut l'être le journal de TF1 en période d'éléction. Plusieurs fois, on soupçonne l'enquêteur/metteur en scène de pousser la démonstration vers ce qui l'arrange, et ce n'est pas un hasard. Dommage car à force de vouloir adapter la réalité à ses propres convictions, Moore finira un jour par décrédibiliser la partie la plus importante de son oeuvre, cette dénonciation acharnée du pire d'une nation qui s'oublie. Attention Mickael a ne pas finir par faire le jeu de l'ennemi...

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