ZODIAC - FINCHER SE MET A L'ASTROLOGIE?
Le journal des culturés présente:
ZODIAC : Fincher vous offre votre horoscope
Si pour vous le zodiaque se résume à un horoscope poussif vous promettant chaque jour un destin ecrit par avance, et qui vous rassure dans son immuable bêtise, il est probable que le nouveau film de David Fincher vous laisse pantois : ZODIAC est donc sur les grands ecrans, en tant que successeur, entre autres, de l'insipide Panic Room ou du génialissime Fight Club. Et comme dans Se7en, le réalisateur s'amuse comme un fou avec les serial killers qui ont fait frémir l'Amérique. Ne nous laissons pas abuser par ce titre laconique qui n'est pas sans rappeller un récent feuilleton de l'été, qui fit frissonner les ménagères françaises : Zodiac n'est pas la version hollywoodienne des aventures du maître du même nom diffusé depuis quelques étés sur TF1. Loin de là. Il s'agit ni plus ni moins de la nouvelle réalisation de l'admirable Fincher, David de son prénom : suivez le guide...
N'en déplaise aux fans des beaux yeux de Claire Keim et aux amoureuses du jeu téléthéatral de Francis Huster il faudra faire avec l'énigmatique Mark Raffalo, le charismatique Robert Downey Jr, et le très en vogue Jake Gyllenhaal ( ici un peu moins gay que sur sa montagne qui casse le dos ), plongés dans le San Francisco des années 60-70, sous le joug d'un tueur en série aux messages codés… C'est sûr que le pitch de départ ne s'avère pas particulièrement novateur tant le genre serial killer fut usé jusqu'à la corde depuis les succès respectifs du Silence des Agneaux et du Se7en du même Fincher, qui servirent de bases inspiratrices aux studios de productions, balançant en série des réalisation allant d'un degré moindre à de bien plus médiocres type Bone collector, Le masque de l'araignée, The Cell, Dragon rouge, Stigmata, Instinct, et autres Copycat… Néanmoins et sans chercher à déprécier le travail de ses collègues, on peut aisément dire que David Fincher ne joue pas dans la même division que les autres réalisateurs de film à suspens, malgré la relative et moindre déception de Panic Room sa dernière oeuvre cinématographique… Il suffit pour s'en assurer de jeter un œil intéressé à la bande annonce du film, soulignant entres autres le travail de mise en scène toujours léché du talentueux réal, fort d'un casting au poil, d'une déco impec et d'une photo parfaite. A noter au passage que toute similitude avec le French Connection de William Friedkin ne serait vraisemblablement pas fortuite…
Zodiac de David Fincher est toujours à l'affiche!
Dans des décors et avec des costumes estampillés "pur 70’s" (genre "Starsy & Hutch" ou "Columbo"), on découvre une poignée de flics et de journalistes à la poursuite d’un mystérieux tueur en série qui fout la frousse à une bonne partie de la Californie du Côté de San Francisco sans que quiconque arrive à mettre la main dessus. Le plus intrigant est que fincher se fiche un peu des résultats de cette investigation : son parti pris est de nous démontrer les rouages grippés d'un système qui fait fausse route ou s'égare dans l'incompétence et l'impuissance. Ainsi pendant 2h30, on va assister à une enquête (qui dure en fait près de 10 ans) haletante, compliquée, avec moult rebondissements, servie par une mise en scène sobre, fluide et élégante, avec une caméra toujours là où il faut être et des plan aériens assez superbes. Fincher esthétise l'echec, et nous maintient éveillé avec presque... rien!
L'image est sombre, l'ambiance est glauque. Les scènes dans le drive in, dans le taxi, sur l'autoroute, sont autant de meurtres perpétrés à l'abri d'une bien peu rassurante pénombre. La bande son qui rythme les assasinats et l'enquête est excellente : ce qui se fait de mieux au niveau de la musique classieuse de l'époque. L'humour à froid de Fincher est aussi toujours présent : la scène ou un couple est ligoté, sous la menace d'une arme, au bord d'un lac, avant de se faire perforer de moult coups de couteaux, est exemplaire et ultra réussie. Cela dit Zodiac souffre de longueurs coupables dans sa partie centrale : le film aurait pu être condensé et gagner en legèreté s'il avait été amputé de vingt à trente bonnes minutes au montage. Cela dit méfiez vous; appréciant particulièrement le travail de fincher, il se pourrait que nous ne soyons même pas vraiment impartiaux, dans cette histoire. Inutile d'attendre une conjonction astrale particulière pour aller au cinema, et donnez nous votre avis. (7,5/10)
Et en bonus le cryptogramme du Zodiac : vous savez pas lire ou quoi?