Le journal « Le Voltaire » avait prévenu les lecteurs, avant même la publication sous forme de feuilleton quotidien.
« Nana » la suite de « L’assommoir ». On va voir ce qu’on va voir, Zola va frapper un autre grand coup. Et pour la première fois, un impressionnant battage médiatique est
organisé à Paris. Des affiches, des tracts, des hommes sandwichs sur les boulevards, le mot même, NANA, est sur toutes les lèvres et fait rêver le lectorat alléché. Zola s’est
embourgeoisé entre temps, il a acheté une belle petite propriété, a changé de cadre et de teneur de vie, mais sa plume reste fort acérée, plus que jamais. Quand le début de Zola est publié, la
fin est encore à écrire. Il va devoir lutter contre la montre, et reprendre par la suite son roman pour la version en volume, en émondant nombre de formules un peu lourdes, pour simplifier la
langue employée. Son but est triple, avec Nana. Tout d’abord dénoncer ces petites mondaines qui se prostituent, et leurs clients immondes qui prétendent en plus faire la morale aux autres.
Ensuite peindre le monde des « boulevardiers », ce petit peuple du spectacle parisien, qui prend plaisir à la luxure. Et pour finir
s’attarder sur la condition humaine, cet esclavage de l’homme par le sexe féminin pour lequel il perd la raison, voire la vie. Nana, c’est comme le dit Zola : « Une mouche couleur de
soleil, envolée de l’ordure, et qui bourdonnante, dansante (…) empoisonnait les hommes rien qu’à se poser sur eux, dans les palais où elle entrait par les fenêtres ». Une engeance venue du
pavé, qui prospère sur les fortunes et infortunes d’un Paris mondain et dévoyé où le vice dépasse de très loin la vertu. Bien sur, le roman sera un véritable scandale, et les journaux bien
pensants vont s’en donner à cœur joie, le qualifiant de « roman de la voyoucratie ». Ce qui n’empêchera pas l’éditeur de Zola, après avoir fait tirer 55 000 exemplaires lors de la
sortie de Nana, d’en redemander 10 000 autres le soir même, tant le succès fut énorme.
Née en 1852 dans la misère du monde ouvrier, Nana est la fille de Gervaise et de Coupeau, le couple protagoniste
du roman « L’assomoir ». Le début du livre la montre dans la gêne, manquant d’argent pour élever son fils Louiset qu’elle a eu à l’âge de seize ans, faisant des passes pour arrondir ses
fins de journées. Ceci ne l’empêche pas d’habiter un riche appartement où l’un de ses amants l’a installée. Son ascension commence avec le rôle de Vénus, déesse de l’amour qu’elle interprète dans
un théâtre parisien : elle ne sait ni parler ni chanter, mais son déhanchement affole tous les hommes, qui rêvent de la posséder. Pas de talent, mais un physique pour crever l’écran, il en a
toujours été ainsi. Parmi ses adorateurs prêts à tout pour sa plastique, Muffat, haut dignitaire de l’Empire, pourtant homme chaste et d’une grande piété, que Nana ruine et humilie tout au long
du roman. Muffat n’est pas la seule de ses victimes : d’autres sont conduits à la ruine, en particulier Steiner, se suicident (Georges Hugon, Vandeuvre), volent (Philippe Hugon), ou
deviennent des escrocs (Vandeuvre). Nana oscille souvent entre le portrait de la gentille ingénue, et celui de la bête sexuelle qui attise les pires passions, et détruit tout ce qu’elle touche,
ou qui la touche. Elle se met néanmoins un moment en ménage avec un homme qu’elle aime, le comédien Fontan, un raté violent qui finit par la battre et qu’elle quittera pour l’actrice Satin, dont
elle sera follement amoureuse. Zola fait alors dans le lesbianisme explicite, on imagine les têtes à l’époque ! Après avoir épuisé toutes ses économies, elle acceptera la manne financière
proposée par Muffat qui désire par-dessus tout en faire sa maîtresse. Cette liaison le mènera au bouleversement total de son être, de ses convictions dévotes, son comportement probe et ses
principes intègres ; le vieux religieux s’abaissera à une humiliation inhumaine et une complaisance révoltante, contraint d’accepter les moindres caprices de Nana qui lui fait subir les
pires infamies dont le pire est probablement la foule d’amants qu’elle accepte, alors qu’il n’exigeait d’elle que fidélité en échange de la fortune qu’il dilapide pour elle. Zola n’oubliera pas,
cependant, de faire connaître à Nana une des fins les plus tragiques et mieux écrites de tout le XIX° siècle. Une scène brève mais intense, un chef d’œuvre de « comment boucler un
roman », avec une héroïne dévorée par la vérole, et qui s’éteint sans bruit ni gloire. Dérangeant et anticonformiste du début à la fin, le roman se consume en apothéose, et confirme Zola
dans son rang de gloire littéraire. Et d’ennemi désigné de la bien pensance de l’époque, qui est finalement en partie aussi la notre, encore et toujours.

Déjà publiés :
Tome 8 : Une page d'amour
Tome 7 : L'assomoir
Tome 6 : Son excellence Eugène
Rougon
Tome 5 : La faute de
l'abbé Mouret
Tome 4 : La
conquête de Plassans
Tome 3 : Le
ventre de Paris
Tome 2 : La
curée
Tome 1 : La
fortune des Rougon
A Gagner cette semaine : le livre de Zola, "NANA"
Pour ce faire, il vous suffira de répondre à la question suivante :
Selon vous, qui pour interpréter en 2009 à l'écran le role de Nana?
La réponse la plus intrigante remporte le livre. Simple comme bonjour.
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