La littérature aujourd'hui?

Publié le par Devotionall

 
Il m’arrive fréquemment de me poser cette question : mais qu’est ce qui peut bien expliquer la médiocrité de la production littéraire contemporaine ?
Les romans que nous voyons régulièrement poindre en librairie sont d’une qualité souvent affligeante. A l’image du dernier Houellebecq, la littérature, au tout du moins celle qui nous est proposée, voire imposée par des médias complaisants, frise l’inconsistance et le néant dialectique à chaque ligne.
Le vide du propose est masqué grossièrement par le sexe et la vulgarité, le manque de souffle et d’audace par une provocation gratuite et stérile.
Il faut dire que le monde dans lequel nous évoluons, et qui est par définition le terreau dans lequel nos idées vont devoir germer, ne nous offre guère d’appuis lyriques.
Nous n’avons ( par nous j’entends toute personne en âge d’écrire un récit structuré, e ce jusque 40 ans. Au-delà, je pense qu’il existe encore des différences structurelles, qui vont en s’amoindrissant avec le temps ) jamais connu de grande guerre, de conflit susceptible de remettre en jeu notre existence toute entière, nos aspirations, nos combats. Notre seul traumatisme commun et universel semble représenté par ces deux tours abattus, un onze septembre déjà lointain, et qui n’aura eu de conséquence, en définitive, et au niveau mondial, que sur les basses manœuvres boursières du capitalisme tentaculaire. Les morts du onze septembre, avec tout le respect que l’on peut leur devoir, n’auront jamais, aux yeux de la postérité et de l’histoire de l’humanité, la même symbolique de ceux qui sont morts dans les camps de l’Allemagne nazie, ni ceux de la grande peste du XIV° siècle.
Nous nous recherchons des motifs de trembler, de se rebeller, et nous n’avons rien trouve de mieux que d’identifié notre ennemie commun dans l’avancée du fanatisme religieux au moyen orient, sans même comprendre qu’il ne saurait y avoir un jour de choc de religions : tout juste assistons nous àl’effritement d’un pan de notre civilisation, qui corrompue, corrodée, cède logiquement à la rancœur, la haine, l’envie d’en découdre que nous avons instillé négligemment dans les esprits passablement échaudés des ¾ des habitants du globe.
Nous n’avons plus non plus de grands idéaux, ou du moins nos idéaux ne sauraient plus se chiffrer en dessous d’u certain nombre de zéros. L’art est un caprice qui des mains des mécènes à l’antique est tombées à celles, grasses et boudinées, des bo-bos et autres réactionnaires bourgeois. L’individualisme est la seule bouée de sauvetage qui nous est lancée dans cet océan putride, où chacun se doit de devoir définir sa propre utilité au sein de la communauté : même les individus se jaugent au rendement, et il ne serait pas étonnant que prochainement les pièces d’identités, ou extraits d’acte de naissances, soient remplacés par un joli CV en papier vélin.
Nous vivons dans un monde où la seule référence commune est liée à notre mode de consommer. Nous devons consommer, pour exister.  La littérature, avec le temps qu’elle requiert et la patience qu’elle exige, est une valeur surannée, dépassée. Le savoir que transmettent les livres est trop ardu à acquérir, il ne peut pas se télécharger en un clic sur kazzaa ou Emule, ou s’acheter à crédit chez Sofinco avec la carte avantage. Nous n’ouvrons un livre que si celui-ci accepte de s’abaisser à notre niveau pour flatter nos instants les plus bas, nous offrir l’illusion fugace que nous sommes en train de nourrir notre esprit, au lieu de l’anesthésier plus encore. Bienvenus dans le règne des écrivains glamours qui s’affichent en polychromie dans les grands quotidiens, ou dans les talks show de seconde partie de soirée. Bienvenus au crépuscule de la littérature. Ce qui me réjouit, ce qu’un tel crépuscule ne peut signifier qu’une seule chose : le crépuscule de notre civilisation. Et il sera trop tard lorsqu’il fera vraiment nuit.

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