Travailleurs !

Publié le par Devotionall

Gabriel Ruiz est ouvrier dans le batiment. Il se lève très tôt le matin pour effectuer les trois qurt d'heures de bus/metro qui l'emmenent au travail, puis il commence une longue et dure journée à transporter des parpaings au soleil.

La pause de midi, il savoure son sandwich au jambon et sa bièrre avant de se remettre à l'ouvrage, et de couler du ciment jusque six heures.

Le week end Ruiz donne un coup de main, parfois, pour assurer la fin de mois à sa femme et ses trois enfants, et rarement, mais cela arrive, il part à la mer pour un après midi à penser ce que serait sa vie avec un travail décent et un salaire adéquat.

Ruiz autrefois se plaignait : il était au chômage; et un individi sans travail, au bout d'un certain temps, est un individu socialement inadaptée, qui souffre et se sent rejetté du grand cercle consulièriste qui le nargue. Ruiz a sauté de joie lorsque l'agence d'intérim lui a annoncé que son contrat de travail, au départ précaire, allait en fait être converti en CDI, en raisondes nouveaux chantiers entreprs en banlieue.

Six mois plus tard, Ruiz ne se rappelle plus pourquoi il a sauté de joie. L'argent qu'il gagne - il est au Smic - lui permet à peine de s'extirper des tentacules des maisons de crédit. Il n'a pas de quoi partir en vacances l'été, et est trop fatigué le soir, en rentrant, pour profiter des quelques loisirs que pourraient lui reserver les deux jeures qu'il passe avec sa femme et ses enfants avant de dormir.

Maintenant, oublions Gabriel Ruiz, travailleur immigré espagnol ( après tout il avait qu'à travailler au lycée et passer une maitrise, non, ce gros feignant! Au lieude faire le cake en boite avec ses potes...) et passons au quizz du soir : a quoi lui sert son travail, à quoi sert le travail?

Réponse ( pour ceux qui n'ont pas compris ) : A se parer de l'illusion que comme on travaille, alors on est utile pour la société, donc cette dernière se doit de nous accepter, et nous élargir ses faveurs. Mais la société se contrefout de Ruiz, de ses semblables, de vous, de moi. La société est juste un amalgame mal grossier d'individus qui ne se fréquente que dans les statistiques, et dont le potentiel à se haïr est bien supérieur à celui de s'entraider. La société ne fonctionne que quand tous, y compris notre cher Ruiz, trouvent un plus petit que soi à snobber pour se sentir, juste pour un fugace instant de pathétisme inquiétant, supérieur à l'autre. Le capitalisme est ce qu'il est mais il a un mérite qu'il faut lui reconnaïtre : celui d'avoir cerné le tréfond de l'âme du citoyen moyen, mieux que ne pouvait le faire le communisme et ses idéologies gentilles et romanesques, mais inadaptées.

Donc, Ruiz, et vous, et moi, nous travaillons, mais bien souvent sans vraiment savoir pourquoi. Ni pour qui. Bosser tue, je vous l'avais déjà dit.

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aless 21/11/2005 19:43

encore la voix de la raison ! il y a du Italo Calvino dans cet article implacable !