MASSIVE ATTACK - 100th window de trop?

Publié le par DEVOTIONALL

MASSIVE ATTACK : 100th WINDOW

MASSIVE ATTACK, intronisé à ses débuts comme le groupe référence du trip hop, puis liquidé sans atermoiements après avoir été accusé de se reposer sur ses lauriers défraichis, a curieusement pris du plom dans l'aile suite à un album qui nous a pourtant séduit, surtout après coup, après diverses réecoutes objectives. Rendons compte de l'injustice, et tout de suite, avec un petit retour en arrière...

Nous sommes en 1998. Massive Attack partage la tête du  mouvement bristolien avec Portishead. Considéré comme une valeur montante du genre, le trio formé par 3D, Daddy G et Mushroom se voit propulsé au rang de star internationale, suite au succès planétaire de leur dernier opus en date, "Mezzanine". Le grand public découvre une musique froide, claustrophobique et paranoïaque. Subjugué et envoûté, il ne s’en remettra pas. Mentionner le groupe dans ses artistes favoris devient chic et branché, et le trio possède son droit d’entrée dans l’antre du généralisme le plus total, autrement dit : le journal de vingt heures. L’heure de l’avènement est arrivé, Massive Attack est un grand groupe. Seul Dick Rivers persiste à nier l'évidence, et enfoncé dans ses boots en croco, continue d'écouter le King Presley en s'épluchant la banane.
Une effervescence comme on en voit peut (la dernière en date pour la musique électronique doit concerner le musicien universel, Moby) a peu à peu laissé la place au quotidien. Les vrais aficionados du groupe continuent d’écouter, pendant que les autres ont déjà jeté leur dévolu sur un autre artiste hype depuis longtemps. Une tournée mondiale et un silence radio de plusieurs années ont suivi, si on excepte le DVD et la réédition des singles en coffret. Massive Attack ne sait pas gérer son succès, et commercialement, n'oocupe pas assez les espaces. Piètre idée à l'ère du tout communication : c'est le début de la dégringolade.

Nous sommes désormais en 2003. Le successeur tant attendu de "Mezzanine" arrive enfin dans les bacs. Deux impressions antinomiques viennent alors s’entrechoquer : tout est pareil et tout est différent…
Tout est identique. On reconnaît sans problème les ambiances qui nous ont tant séduites dans leur précédent opus. L’atmosphère est pesante, la noirceur est toujours de rigueur. Il faut dire que Massive Attack reste ancré dans la réalité du monde dans lequel nous vivons. Une raison suffisante pour ne pas sauter de joie et produire des morceaux dont la substance se passe de commentaire. Profonds, longs, ces titres sont presque un appel à la méditation. Réfléchir sur ce qui nous entoure afin de ne pas être dupes. Let your soul sing, par exemple, est d'une beauté bouleversante, une spirale émotive qui nous aspire et nous triture. Du grand art!

Tout est différent. L’album de Massive Attack n’en est pas un. Du moins si l’on se réfère au line-up originel. Il ne reste du trio qu’un rescapé, Robert « 3D » Del Naja. Si le départ de Mushroom ne date pas d’hier, la non-participation de Daddy G au projet est un peu plus étonnante. Le principal protagoniste de la formation explique néanmoins très bien la chose : « Sa vie personnelle a beaucoup changé. Il a une nouvelle copine, il a eu un enfant : il a eu besoin d’indépendance car il ne se sentait plus concerné par Massive Attack.(…) Quand il se sentira de retourner en studio, il n’y aura aucun problème. » Le joyeux gang du départ s'est donc fait la malle, et c'est la chanteuse skin head Shinnead O'Connor qui vient poser sa voix sur les compos de Del Naja, avec un certain talent, admettons le franchement. 3D aurait donc fait un album tout seul. Tout cela est vrai, mais en partie seulement puisque l’ingénieur du son reste inchangé depuis "Mezzanine". Nul doute que ce dernier a fortement contribué à garder une certaine unité artistique depuis le précédent opus.


L’étape de l’après "Mezzanine" est franchie avec succès, même si l’accouchement s’est fait dans la douleur. C’est noir, pesant, mais c’est terriblement beau et bon. Mais c'est aussi austère, éthéré, et pas très en phase avec ce que le grand public désire alors : la techno à la Moby est passée par là, et la mélancolie étouffante de Bristol commence à lasser ses fans les plus assidus, tout du moins ceux qui ne se sont pas encore defenestrés ou passés par le gaz. Les chiffres de vente seront des plus discrétes, à peine supérieurs à ceux de best of live de Milly Vanilly, le groupe qui n'en était pas vraiment un...Et c'est là que réside l'injustice, car cet album est indéniablement habité par une âme tourmentée, c'est un condensé de froide beauté qui mériterait une écoute suplémentaire, une deuxième chance auprès de vous tous (Carl, tu vas trouver là une future référence en la matière... ). Mesdames et Messieurs, vous savez donc ce qu'il vous reste à (re)faire : au travail! (7/10)

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