AIR : Symphonie de poche

Publié le par DEVOTIONALL

Le journal des culturés présente :

POCKET SYMPHONY : (TROP) LEGER, COMME L'AIR

Difficile de ne pas commencer à aborder le nouvel album de AIR, sans évoquer l’évidence : c’est un disque qui génère de nombreuses attentes. Les bonnes fées du marketing ont d’ailleurs leur part de responsabilité à ce sujet puisque l’œuvre du duo le plus grand public de la galaxie électronique bénéficie d’une sortie en deux temps digne des plus grands artistes. Cela dit, la dream-team constituée pour le 5:55 de Charlotte Gainsbourg avait accouché d’un album bien terne en comparaison de la somme des talents impliqués dans sa réalisation et contrastait avec l’imparfait Darkel, album solo de Jean-Benoît Dunkel, qui avait, entre autres, la qualité d’être bourré de spontanéité.

Pocket Symphony constitue donc un réel test pour tous les fans du groupe, désireux de savoir si Air est encore capable de faire des prouesses musicales ou si le duo n’est plus bon qu’à être le luxueux illustrateur sonore de filles à papa intéressées par le cinéma. Réalisé par la même équipe que 5:55, le disque s’articule donc autour de la personnalité de Nigel Godrich à la production et du renfort musical de Jarvis Cocker (Pulp) et Neil Hannon (Divine Comedy). En un doux euphémisme, on dira que l’album apparaît résolument mélodique. Même si le groupe renouvelle peu ses influences et puise toujours son inspiration du côté de Gainsbourg et des grands compositeurs de musique de film, Lost Message, avec sa jolie harmonie de cordes et de claviers enchevêtrés, réussit à créer un climat nostalgique sympathique et Mer du Japon, plus enlevé et entraînant, prouve qu’Air a encore un peu du génie qui a fait le destin d’un album comme Moon Safari. L’intervention, ici ou là, d’un shamisen ou d’un koto, issus du folklore japonais, le souligne d’ailleurs.

Mais cette unique qualité de composition mise à part, force est de constater que tous les autres aspects qui font un bon album sont délaissés : chants indigents, rythmiques fades, production inadaptée. Air n’a jamais été doué pour le chant, Darkel le démontrait explicitement, mais sur Pocket Symphony, le résultat est médiocre, ne surnagent dans ce domaine que les morceaux (One Hell of a Party) où Damon Albarn ou Neil Hannon prennent le relais en invités de luxe. Pire que tout, la basse, qualité première du groupe, est totalement oubliée du disque tandis que la batterie est utilisée à minima. Une telle absence de section rythmique résulte probablement d’un coupable choix de production comme si Nigel Godrich avait appliqué les mêmes recettes à Air qu’à Thom Yorke alors que chacun a des potentialités différentes. En imposant ou en favorisant la tendance de Air à un certain minimalisme, il coupe délibérément les ailes du duo versaillais.

Sans être ni bon ni mauvais, le disque laisse indifférent tant il s’écoute facilement et s’oublie plus aisément encore. Les quelques innovations qu’apportent les instruments traditionnels japonais font figure de gadgets négligeables en comparaison du choix musical global que le duo a effectué en concertation avec Nigel Godrich, celui de délaisser la musique électronique teintée de pop pour une pop-musique ordinaire (et somme toute assez banale) où l’instrumentation synthétique n’intervient qu’à dose homéopathique.
S’il est formaté pour le succès grand public et promis à la réussite commerciale, Pocket Symphony n'est pas vraiment un mauvais album, juste un plat maintes et maintes fois déjà servi, et bien plus épicé dans le passé. Classe, élégant, racé, mais pas forcément "animé", dans le sens de possédant une âme. Qui aime bien, chatie bien! Rendez nous notre Sexy boy! (6/10)

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