LA RECHERCHE DU BONHEUR

Publié le par DEVOTIONALL

Will Smith part donc à la recherche du bonheur. Dans le dernier film de Giuseppe Muccino, il est, un représentant indépendant en appareils médicaux pris dans l'étau de l'echec commercial et hanté par la faillite personnel et familiale. Sa femme, comme toutes les épouses modèles, s'est engagé pour le meilleur et surtout pas pour le pire : devant la déroute économique du mari, elle prend la poudre d'escampette, laissons ce pauvre Will seul avec son fils de six ans, sans trop insister pour la garde de ce dernier... Muccino s'acharne sur ses personnages : la déchéance sociale est rapide, et père et fils finiront bien vite à la rue, à quémander un lit pour la nuit, dans un gite d'urgence pour SDF. Impressionante est la volonté du père de survivre, de ne pas plonger définitivement, de décrocher dans una agence de courtiers le job qui lui permettrait de rebondir et de reprendre sa fameuse poursuite du bonheur, sévèrement enlisée dans les bas fonds de San Francisco. Voilà pour un synopsis brut, sans fioriture. Approfondissons:

Énième variation sur le thème du rêve américain. Quoi de neuf sous le soleil californien (l’action se passe à San Francisco) ? C’est une histoire vraie, Will Smith n’est pas mauvais du tout, son fils est très mignon. On comprendra que le soleil n’est pas la plus grande préoccupation du personnage. Si ce n’est que son errance ne se fait pas sous les neiges d’un Chicago par exemple, c’est déjà ça. Comment, nous Français, percevoir cette spécificité outre-atlantique ? On admire, bien sûr, le courage de cet homme ordinairement héroïque et bon papa, on se décourage plus vite que lui face à l’enchaînement des tuiles, on s’essouffle par compassion à force de le voir courir pendant deux heures ( Will Smith le forrest Gump black? ). Le film est d’ailleurs un peu long, l’exposition un poil trop insistante et lourdement édifiante. Le récit de ce destin d’exception aurait été encore assez mélodramatique et pathétique sans cela. On regrette aussi un peu le manichéisme. Bref, la finesse n’est pas la plus grande qualité de ce long-métrage, pourtant bien maitrisé et fort plaisant. 

Il est possible de jalouser cette liberté que semblent avoir les Américains de pouvoir tenter leur chance dans n’importe quel domaine, sans aucune qualification, avec un CV vierge, juste sur la force de leur volonté et combativité (néanmoins, même là bas, se faire engager pour un satege de courtier en T shirt crado et couvert de peinture de la tête au pieds, vous pouvez rêver...) En France, le problème ne serait pas tant de tenter sa chance que de se la voir offerte, sur sa seule aisance avec la géométrie dans l’espace et la foi d’une bonne répartie. Car, en gros le personnage incarné par Will Smith est retenu par les patrons de l’entreprise tant convoitée parce qu’il réussit, en un temps record, à résoudre un Rubik’s Cube et qu’il sort une bonne vanne lors de l’entretien d’embauche. On est loin de l’idée de CV anonyme. Toutefois, doit-on se féliciter d’une société dans laquelle un couple travaillant dur, la femme enchaînant même deux services, ne boucle pas ses fins de mois, loin de là, et économise sur le jus d’orange ? Le « travailler plus pour gagner plus » cher à Nicolas Sarkozy ne semble pas y être suffisant. Doit-on envier un système où un homme est obligé de vendre son sang pour ne pas faire dormir son fils par terre, sur un lit improvisé de papier-cul, dans les toilettes pour hommes d’une station de métro ? Doit-on applaudir un libéralisme décomplexé qui met au turbin vingt stagiaires, avec zéro rétribution pendant six mois, pour au final n’en garder qu’un et demander aux dix-neuf autres une éternelle reconnaissance d’avoir eu cette chance de participer au jeu du capitalisme, d’avoir pu frôler le rêve américain ?

Alors l’argent fait le bonheur ? Évidemment ! Quand il est question de loger son fils et de ne pas crever la dalle ou de la meilleure estime de soi que procure le travail et l’ascension sociale en découlant. Cela dit, de voir, au final, l'association entre l'idée du bonheur final avec l'obtention d'un emploi stable, est un peu consensuel et déviant. Le travail ferait il le bohneur, vraiment? Je me rappelle, personellement, n'avoir connu que deux mois de chômage dans toute ma vie, ponctués par un poste de prof contractuel puis de l'obtention du capes. En effet, ce diplôme me soulagea grandement, sur l'instant. Et ne m'empêcha pas de déjanter assez rapidement, bien plus vite que ne l'aurait fait Will Smith. Suis je moins résistant, moins naïf, plus malheureux?

Allez, on regrettera juste le final déconcertant; cette association bonheur/emploi qui devrait ravir le Medef et sème le trouble dans l'esprit des spectateurs fainéants dont je fais indubitablement partie, rénitents à l'effort. Pour le reste, Will Smith ajoute encore un peu de crédibilité à une carrière qui avait pourtant pris un bien mauvais pli ( Men in black, un dérapage de très mauvais goût ) et le fiston est excellent. Dire que nous recommandons est évident. (7/10)

 

 

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