La charité : vue à la TV

Publié le par Devotionall

Les derniers chiffres de la solidarité sont éloquents, aussi bien en FRance qu'en Italie. Les gens donnent toujours moins aux classiques institutions de charité et d'entraide, comme les Restaurants du coeur ou l'Armée du Salut. Cette désaffection de la générosité citoyenne ne touche cependant pas les grandes messes télévisées comme le Telethon ou le sidathon, qui continuent de trouver un public receptif et facile à émouvoir, prompt aux promesses de dons. Mais ces dernières manifestations sont désormais avant tout de grands spectacle à usage interne pour les stars en mal de promotion et les espaces publicitaires, et drainent en tant que tel des masses manipulables.

Les chiffres pour 2006 sont catastrophiques, à ce jour. Les années précédentes n'avaient guère été meilleures, avec l'exception notable de l'après tsunami en Asie, qui fut une manne pour beaucoup. A l'ère du tout multimédia et de la télé réalité, entendue comme réalité car vue à la télé, le tsunami en Asie avait eu un impact sans précédent sur la générosité publique. Les images passant et repassant, des vagues ravageants les 4 étoiles de Pukhet ont eu un puissant effet emotif, et se sont révélées bien plus fortes des oursins logés dans les portefeuilles des citoyens. Alors que des commentateurs de tous bords vendaient cette tragédie comme on pourrait vendre le dernier blockbuster de Hollywood, d'autres nous racontaient les larmes à l'oeil que des milliers d'innocents avaient été piégés par les caprices de la nature. En fait, tout juste sont ils morts de pauvreté et d'indigence : s'ils avaient eu des logements décents, et non des cabanons précaires et insalubres sur les plages battues par les flots, et de quoi s'offrir un système d'alarme même des plus rudimentaires, rien de tout cela ne serait peut être arrivé. Pour les touristes etrangers, le drame n'en est pas moins atroce, mais qui veut faire le plein d'émotions dans le quart monde doit accepter les risques annexes ou s'en rester dans son joli pavillon cannois ou tropézien.

La culpabilité fonctionne encore, et le pouvoir médiatique en est le puissant moteur. Resisterez vous devant le ralenti des deferlantes innarêtables broyant tout sur leur passage, devant ce maître d'hôtel emporté par les flots ( va t'il couler dans les règles? Non, hors jeu ou penalty, il s'est accroché au maillot du serveur, c'est très net au ralenti ) ? Resiterez vous devant le jeune Cedric qui crache ses glaviots verdatres pendant que Jugnot et Lhermite agite le dvd collector des Bronzés 3 sur le plateau du Telethon? Bien sur que non, on ne résiste pas à la télévision.

L'important finalement, c'est cette nouvelle entendue l'autre soir au journal télévisé et relayée par la presse mondiale : les américains envisagent, de concert avec l'Europe, la création d'une base lunaire permanente, tramplin pour une approche rationnelle de l'homme à Mars. Si seulement ce projet pouvait se concrétiser, ce serait surement la seule et unique solution viable. Pour éviter de voir ces centaines, ces milliers de sdf qui viennt mendier chaque jour leur soupe aux oignons et le gîte pour la nuit, dans des asiles sordides, et que la télévision évite soigneusement de présenter aux heures de grande écoute, pour ne pas rompre avec le glamour et les stars aux coeurs d'or et ongles manucurés. Il faudra au moins en arriver là, se réfugier sur Mars. Car croyez le ou non, ça se passe quelque part en bas de chez vous, et même si ça ne passe pas toujours à la télé, c'est aussi ça la réalité.

Sdf à Nice : dommage, ici ce n'est pas Pukhet, il ya moins de vagues, et donc, pas de couverture médiatique ( ni de couverture tout court )

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