Faignantise

Publié le par Devotionall

Gaston semblait bien embarassé.

Il avait laissé s'acumuler toute une série de corvées, durant ces quelques jours où il était resté seul à la maison, les parents partis Dieu sait où sur la côte normande, les emmerdes quotidiennes avec eux...

Le lit gisait défait, couvertures en boules, les oreillers a demi éventrés perdaient mollement leurs plumes sur la moquette tachée de café. La vaiselle n'avait pas été faite depuis trois longs jours et une cohorte de moucherons venaient allegrement piquer du nez sur le restant de corned beef incrusté sur les assiettes en jachère. Le linge sale lui, débordait de la corbeille qui lui était destiné tandis que des toilettes grand ouvertes s'exalait un parfum d'urine et d'autre chose encore, qui faisait trembler d'indignation la mère écoeurée.

- Gaston, regarde moi tout ce bordel, c'est une vraie porcherie ici...

Gaston avait alors tenté de s'expliquer, à sa manière, par circonvolutions, comme pour noyer le poisson dans son éloquence douteuse.

- En fait je comprends pas, je sais que la maison est un sacré foutoir, mais c'est plus fort que moi, j'y arrive pas. Je sais que je dois ranger, laver, faire le lit et la vaisselle, mais à chaque fois que je veux m'y mettre sérieusement, je me retrouve sans force, une espèce de langueur sourde là dans l'estomac, je me sens comme anesthésié...

- Langueur mon cul Gaston, tu n'es qu'un faignant, tout simplement, un vrai faignant, comme ton père!

Bien que conscient de risquer la baffe vengeresse, le petit con ne pouvait s'empecher de sourire bêtement de sa découverte : car il était sincère, cette fois, en évocant cette etrange langueur qui s'emparait de lui. Et seulement maintenant, grâce aux remontrances de sa mère, il comprenait que cette fameuse langueur avait un nom, la Faignantise. Cette même faignantise qui lui avait epargné toutes ses corvées déplaisantes ces derniers temps, cet héritage quasi mystique qui l'avait investi de la noble tâche de préserver cette tradition séculaire de père en fils.

- Cool, je suis un faignant. J'aurais jamais pu croire que c'était aussi agréable, la faignantise songeait il imprudemment.

 from Le désoeuvré ( Devotionall - 2006 )

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