HOTEL WOODSTOCK ( d'Ang Lee )

Publié le par DEVOTIONALL

40 ans plus tard, la grand messe de Woodstock continue de nourrir fantasmes, légendes, souvenirs. Et ce d’autant plus que nos sociétés occidentales semblent avoir amorcé un virage vers le tout répressif et le tout sécuritaire. Ang Lee, après avoir touché du géant vert aux rayons gammas et aux cow-boys aux mœurs relâchées, se lance ce mois dans un film qui ramène à nous cette époque qu’on voudrait bénie, où un bon tarpé et une belle chemise à fleurs suffisait à vous rendre plus belle la vie ; plus économique également puisque vous n’aviez pas besoin de rendre visite à votre coiffeur. On a échappé au pire, c'est-à-dire une reconstitution un peu pathétique du concert en lui-même. Pas de Jimi Hendrix au rabais ( Corneille dans le rôle ? ) ou de Janis Joplin grimée, ici c’est les à cotés, les coulisses de l’événement qui sont à l’honneur. Elliot, décorateur d'intérieur à Greenwich Village, traverse une mauvaise passe et doit retourner vivre chez ses parents, dans le nord de l'État de New York, où il tente de reprendre en mains la gestion de leur motel délabré. Menacé de saisie, le père d'Elliot veut incendier le bâtiment sans même en avoir payé l'assurance alors qu'Elliot se demande encore comment il va enfin pouvoir annoncer qu'il est gay...Alors que la situation est tout simplement catastrophique, il apprend qu'une bourgade voisine refuse finalement d'accueillir un festival de musique hippie. Voyant là une opportunité inespérée, Elliot appelle les producteurs. Trois semaines plus tard, 500 000 personnes envahissent le champ de son voisin et Elliot se retrouve embarqué dans l'aventure qui va changer pour toujours sa vie et celle de toute une génération. Demetri Martin est absolument parfait dans la rôle phare, d’une crédibilité qui suscite l’empathie et l’adhésion. Ce film d’Ang Lee est en fait l’histoire des petits pots qu’on range dans les grands : une trajectoire individuelle, celle d’Elliot, croise la Trajectoire avec une Majuscule de toute une génération, dans une libération collective et personnelle. Un individu, des individus, qui apprennent à briser les carcans les séparant du bonheur, et qui opèrent pour enfin se réaliser, envers et contre les mœurs et les préjugés de l’époque. Ce n’est bien sur qu’illusoire et sujet à caution sur le long terme, mais quand c’est interprété avec la candeur et la légèreté qui s’impose, c’est agréable à regarder. (7/10)

Publié dans AU CINE CE SOIR

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