LES DERNIERS JOURS DU MONDE (des frères Larrieu)

Publié le par DEVOTIONALL

Ce n’est pas un hasard si Matthieu Amalric gambade à poil sur l’affiche du dernier film des frères Larrieu, LES DERNIERS JOURS DU MONDE. Le corps, les corps, y sont à l’honneur. Voilà que pour d’obscures raisons, jamais clairement explicitées, le monde vit ses dernières heures, tel que nous l’avons toujours connu. Voire même, a-t-on l’impression par moments, ses dernières heures tout court. Au lieu de se focaliser sur la folie, l’anxiété, le repentir, ou le désespoir, les deux réalisateurs braquent la caméra sur le désir, sur l’activité sexuelle débridée par l’absence d’un possible jugement du lendemain. Quand tout semble perdu, une dernière nuit d’amour ne vaut elle pas mieux que mille discours ? Peu importe avec qui, quand, où, comment . Voilà une des clé de ce film ; l’accès à la vraie liberté ( la sexualité en étant une des portes évidentes ) se fait forcément dans un contexte où ne subsiste pas ou plus le jugement et les conséquences de nos actes. C’est quand on va mourir qu’on se rappelle ce que signifie vivre, ce qu’on voudrait bien encore pouvoir vivre. Ici, les personnages du film se mettent à nu, métaphoriquement ou pas, et la morale peut aller se rhabiller.

A Biarritz, Robinson Laborde (Mathieu Amalric) quitte sa femme (Karin Viard) pour Laetitia, une jeune Hispanique androgyne, probablement pute de luxe, dont les escapades sexuelles le rendent jaloux avant qu'elle ne disparaisse. De flash-back en retour abrupt sur une réalité présente en pleine décomposition, « Les Derniers Jours du monde » suivent le périple en zigzags de cet homme qui écrit le journal de sa passion en parcourant la France et l'Espagne dans une ambiance d'apocalypse. Aux ferias de Pampelune succèdent exodes, paniques, embouteillages, et bombe atomique sur Moscou. L’art des frères Larrieu nous parle de fin des temps, mais reste dans le flou. Ce quasi « road movie » picaresque est plein de trous narratifs, et rarement avons-nous été aussi satisfaits qu’on ne nous dise pas tout.

Les thèmes chers aux deux frères occupent bien sur l’espace dans ce film. On y baise, à deux, à quatre, en groupe. On s’échange, on partouze ( comme dans le réussi mais méconnu « Peindre ou faire l’amour » ). L’érotisme est sans tabous, homosexualité et inceste sont aussi de la partie. Les acteurs sont pratiquement tous excellents, hormis Sergi Lopez qui ne me convainc jamais, mais j’admets dans son cas faire un blocage depuis toujours. On saluera comme il se doit ce film de « fin du monde » à la française, peut être une grande première dans le genre, les tentatives précédentes ayant été des fours artistiques monumentaux. Au final l’apocalypse se fait absurde, burlesque par moments, on rit assez souvent au milieu de ces corps entassés destinés à pourrir au grand air, pendant qu’une poignée d’individus perdent leurs inhibitions et la vie, dans un dernier élan, hymne à une liberté retrouvée, au dernier instant. Les introvertis, les coincés volontaires, les complexés en tous genres, pourront toujours se servir de ce long métrage comme d’une séance de thérapie salutaire, en attendant notre propre pandémie létale, qu’on nous annonce pour l’automne. Brrr, ça fait peur, ou bander, ça dépend. (7,5/10)

Publié dans AU CINE CE SOIR

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François 26/07/2010 22:40



Bonjour,


Nous venons de le visionner : il m'a perturbé, je l'ai trouvé long, lourd par moment, un peu dérangeant, mais tellement "jouissif" !


Par contre j'ai peur de na pas avoir tout saisi : la fin nous montre Robinson avec sa main droite originelle ??? Et là je ne comprends plus la chronologie. Il faut que je visionne le film à
nouveau....


Autrement, pourriez-vous me communiquer la bande son du film, j'aimerai retrouver certaines musiques.


Merci sinon pour vos explications


A bientôt