WELCOME ( de Philippe Lioret )

Publié le par DEVOTIONALL

***   GRAND ECRAN   ***

WELCOME ( De Philippe Lioret )





La situation des immigrés à Calais, de ceux qui sont en attente de franchir la Manche pour un improbable eldorado anglais, je pense pouvoir en toucher un mot. Non pas parce que j'en suis un moi même, mais parce que j'y ai habité et travaillé un an, là bas, et que Sangatte et fourgonette "ramasse candidat" cela évoque bien des images issues de cette réalité. Le mérite du film WELCOME est de bien expliquer cette problématique épineuse : il n'est pas possible, légalement, d'héberger ou de protéger ces clandestins qui sont pourtant bien au centre de vastes réseaux qui les exploitent, à la vue de tous ( même la mienne, combien de fois ai-je assisté à des "embarquements" depuis la fenêtre du bus, pas très loin de la gare... ) et qui ne sont que trop rarement poursuivis ou inquiétés. Esclavage moderne à une époque où on vous inculque que ce dernier n'existe plus, ce qui est techniquement vrai et malheureusement mensonger. Dans ce film au centre d'une polémique avec le ministre Eric Woerth, c'est Vincent Lindon qui s'y colle, et joue le rebelle aux ordres gouvernementaux. Maître nageur au grand coeur, il préfère l'esprit de la loi à la loi elle même, et se fourre dans le pétrin...pour les beaux yeux d'une femme, of course. En fait, Vincent Lindon est Simon, le Philippe Lucas local. Il est confronté à la douleur d'un divorce qu'il ne désire pas. Sa femme (Audrey Dana) est bénévole dans une association qui nourrit les clandestins et lui reproche son apathie, voire son indifférence. Ainsi, quand Bilal (kurde) se présente à la piscine et qu'il finit par lui proposer un logement pour la nuit, c'est plus pour récupérer sa femme que par intérêt. Mais l'histoire du garçon finit par l'émouvoir et Simon va courir des risques pour l'aider. Car en France, aider une personne en situation, ça n'est pas bien. Sarko veille au grain. 
 
Lindon est un de mes acteurs préférés, ce qui fait que je lui pardonne beaucoup, même quand il abuse de son regard humide de Saint Bernard grippé pour plonger le spectateur dans le pathos le plus émouvant. Lindon est bon, mais parfois il cabotine, pour toucher son cachet. Ici la seconde partie du film est à classer un peu dans ce registre : passée la dimension humaine et humanitaire du sujet ( aider un clandestin en situation irrégulière ) on entre dans une fade histoire sentimentale, les déboires conjugaux du sieur Lindon, qui se bat aussi et surtout pour son amour, lui le romantique. Signalons que le meilleur dans ce film est probablement notre clandestin lui même, un acteur que je connais absolument pas, mais qui mérite d'être vite revu au cinéma. Ce film n'est pas non plus mauvais, n'éxagérons pas, mais là où il semblait parti pour dérouler un message fort et indépendant sur un des problèmes clé de notre époque, il s'essoufle vite dans le conformisme et le déjà vu, un mélo tire larmes typique du cinéma français, qui se sait décidement pas donner dans le social par peur peut être de devoir plonger trop profondément les mains dans le cambouis. Même notre immigré clandestin a droit à son histoire d'amour impossible, puisque une jeune et charmante jeune fille l'attend à Londres, du moins jusqu'à ce qu'on la marrie de force...  Certes, je préfère encore cela au piètrissime (néologisme) dernier Costa-Gavras, où un Riccardo Scamarcio aussi peu crédible que bon acteur entame une picaresque recherche du paradis ( Paris, ne riez pas...) à laquelle on ne s'interesse ( et encore moins ne croit ) le moindre instant. WELCOME se termine quand à lui avec... Mais chut, je ne voudrais pas vous gâcher la fin, sachez juste que ce sera le destin de Lindon-largué ou pas, sur lequel on aura tendance à s'attarder, un drame du coeur bien plus capital que ces candidats au suicide prêts à tout pour vivre une existence décente. Le cinéma français a des priorités que la raison ignore. (6,5/10) ( Quand à Bilal, notre candidat à la traversée, prêt à y aller à la nage s'il le faut, et bien il va.... Et puis non je ne vous le dis pas, c'est trop triste... )

Publié dans AU CINE CE SOIR

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