LITTE-RATURE : Chemin de croix ( au collège? )

Publié le par DEVOTIONALL

  LITTE - RATURE


Comme parfois le mercredi, un extrait inédit d'un roman qui n'existe pas, ecrit par un auteur de fantaisie. Quoi de mieux que de la litté rature inexistante, pour un monde qui ne sait pratiquement plus lire?

Oui c’est vrai, je suis prof. Et alors ? D’ailleurs, c’est idiot, rien que d’y penser. Surtout si on considère que j’ai terminé le lycée avec quelque chose comme six trimestres consécutifs, avec comme seule et unique récompense les avertissements conduite. En fait le lycée était pour moi un lieu de divertissement avant tout, un lieu où la surrenchère continue nous poussait à en faire toujours moins et à s’amuser toujours plus. Ce n’est pas non plus pour me trouver des excuses, mais il y avait aussi une belle brochette de profs fantaisistes, voire de réels connards. Ils m’ont d’ailleurs appris à me méfier de cette corporation, même si j’ai fini par tomber dedans, moi aussi. De l’autre coté du mirroir, que voit-on ? Pas grand-chose… on apprend déjà à gérer et excuser ( mais pas toujours ) les ados acnéïques et agités qui nous poussent à bout du matin au soir, et que le ministère et notre société à fini par sanctifier : interdiction de les brusquer, ne pas même leur dire qu’ils sont idiots quand la réalité dépasse pourtant la fiction, toujours donner des septième puis huitième chance à ces débiles ingrats qui vous rient au nez et profite du collège unique pour hiberner au chaud contre la radiateur, avant d’aller faire une formation plomberie ou carrelage dès leurs seize ans. (…)

Et puis c’est une caste amusante, celle des enseignants. Nul autre part que dans une salle des profs, vous pourrez tutoyer au premier contact un sénior de soixante ans quand vous en comptez à peine trente, sans vous sentir un tantinet coupable. Le prof de base est progressiste, il est de tendance gauche, plus caviar que maquis et embuscade. Il amasse des années de travail pour finir agrégé hors classe et se payer le pavillon de ses rêves, avec son doberman de race, son potager productif et sa seconde épouse. Comme je ne possède pas encore de pavillon, et que je suis pour le moment en location dans un meublé, je dois avoir au fond de moi un zest de jalousie qui me pousse à rédiger ces notes. Mais je surveille mon avancement et me réjouit du prochain changement d’échelon : ça fera une petite dizaine de mètre carrés en plus pour mon chez moi. Non, finalement c’est un beau métier, prof. Important, une mission d’utilité publique, quand bien même un vague sentiment de mépris se reflèterait souvent dans le regard narquois du parent d’élève venu vous faire la morale à la traditionnelle réunion annuelle…

Pierre QUIROULE   " Chemin de croix "

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