POT BOUILLE ( d'Emile Zola )

Publié le par DEVOTIONALL

A l’heure de rédiger son nouveau roman, Zola ressent le besoin de purger l’essence même de son talent. C’est ainsi parfois, il prend le temps de livrer des romans qui sont comme des pauses bucoliques au sein de son grand œuvre ( comme Une page d’amour, par exemple ). Seulement voilà, le décès de sa mère va tarir la veine créatrice, et son humeur morose va se diriger vers ce qui sera donc POT BOUILLE. Un roman souvent dépeint comme un des moins bons du cycle, mais qui est pourtant un autre brûlot à charge contre une société corrompue. Cette fois ce sont les petits bourgeois des immeubles cossus qui vont en prendre pour leur grade. Tous immondes, tous des bêtes guidées par la débauche, l’envie et la mesquinerie. Derrière la façade de respectabilité, quelle noirceur, quelle négativité chez ces « gens bien », nous dit Zola. Pire encore que chez les petites gens de l’Assommoir, ces nantis qui vivent dans les beaux quartiers ont encore moins de moralité. Aucun n’échappe à la terrible vindicte zolienne, noir c’est très noir, dans ce roman. L’auteur lui-même fait une apparition, de ci de là, en tant que résident invisible du second étage, toujours terré à la maison à écrire des « romans sales », comme le disent si bien les autres locataires. Pot Bouille est un huis clos, un immeuble où grouille une humanité propre au dehors et immonde dans l’âme. Coucheries et trahisons sont la règle à chaque étage, les bons sentiments n’habitent pas dans cette classe sociale ! Zola en fait il de trop, est-il trop radical ? Certainement, et lui-même le sait, mais pris par le décès de sa mère, sa plume ne trouve le réconfort que dans cet exercice de destruction massive. En grande partie juste et opportun, soulignons le. C’est bien pour ça que les dents grincent…

Le mot pot-bouille désignait au XIX° siècle en langage familier la cuisine ordinaire des ménages, en gros synonyme de popote. Mais il n’est pas question ici de cuisine, sinon au sens figuré : Zola veut en effet nous montrer l’envers du décor d’un grand immeuble parisien où, derrière un luxe de façade, vivent des familles bourgeoises dont le comportement quotidien est vraiment peu ragoûtant ! Il n’y a pas à proprement parler d’intrigue dans le roman, mais plutôt une visite détaillée de chaque appartement, mettant en valeur la mesquinerie et les vices plus ou moins cachés de chacun. Le héros, car il y en a quand même un, est Octave Mouret (déjà aperçu dans La Conquête de Plassans). Il a 21 ou 22 ans (le livre doit normalement commencer en 1861), et estde belle apparence. Il est logé chez les Campardon, ménage provençal à 3. Il devient rapidement l’ennemi de Gasparine, « l’autre madame Campardon ». Venant de Marseille, pour avoir une situation dans le haut commerce, il a déjà des rentes et de l’argent à placer (c’est très important pour la suite de la saga « Les Rougon-Macquart »). Campardon lui trouve rapidement un emploi chez les Hédouin, au Bonheur des Dames. C’est un petit magasin qui n’a pas vraiment pignon sur rue. Octave, qui est arrivé avec la ferme idée de conquérir une belle et riche parisienne, fait déjà son choix parmi les femmes du coin... Seulement, ce n’est pas le meilleur qui se présente. Tout d’abord, Octave a envie de séduire Valérie Vabre, l’épouse de Théophile Vabre, le fils du propriétaire. Le problème est qu’elle est qualifiée de névrosée et d’hystérique. Pour Octave, c’est un échec. Puis, Marie Pichon, sa voisine, qui s’ennuie un peu pendant la journée car son mari n’est pas là. Alors, Octave joue les bibliothécaires et lui prête des romans de George Sand. Marie, très naïve à cause de son éducation, a des remerciements maladroits qui éveillent le désir d’Octave. À la fin du roman, Marie aura trois enfants ; on peut penser qu’Octave est le père de deux d’entre eux. Et puis, il y a la fameuse Madame Hédouin prénommée Caroline : belle, sérieuse, correcte, une vraie femme comme les rêvaient Octave en débarquant de Provence ! Octave, qui aide de plus en plus la belle, profite d’une vente du lundi pour essayer de la séduire... L’échec sera tellement cuisant, qu’Octave, honteux, surtout parce qu’il a été vu par Gasparine, décide de quitter le Bonheur des Dames pour aller s’installer chez ses voisins, Berthe et Auguste Vabre. Mais de rebondissements en trahisons, Octave finira par atteindre son but et par se rapprocher de son objectif premier : faire fortune et assurer sa situation.

Le roman n’est pas le meilleur de Zola, il faut bien l’admettre, mais il développe une telle ironie, une telle charge contre ces bourgeois sans morale, qu’il est par moments jouissif. Même madame Zola le trouve abject, trop sale, trop mal pensant. La critique dénonce des pages immondes, une écriture ordurière, presque un roman pornographique œuvre d’un malade pervers et frustré. Bref, la presse est déchaînée, ce qui n’empêche pas Emile de vendre son livre à des chiffres fort respectables, et de soigner sa réputation d’auteur sulfureux, lui qui dans la vie est devenue un petit bourgeois empâté qui mange trop et presque hypocondriaque. Mais sous les apparences tranquilles et débonnaires, se cache une tempête permanente, qui vient encore de faire d’illustres victimes !




Déjà publiés :

Tome 9 : Nana

Tome 8 :
Une page d'amour

Tome 7 : L'assomoir

Tome 6 : Son excellence Eugène Rougon

Tome 5 : La faute de l'abbé Mouret

Tome 4 : La conquête de Plassans

Tome 3 : Le ventre de Paris

Tome 2 : La curée

Tome 1 : La fortune des Rougon

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