SANS ARME NI HAINE NI VIOLENCE ( De J.P.Rouve )

Publié le par DEVOTIONALL

Albert Spaggiari n’est pas l’ennemi public numéro 1, mais il est le bandit le plus mégalo de la côte d’azur, et l’auteur d’un casse spectaculaire, à tous points de vue, à Nice en. Spaggiari agit avec la flamboyance d’un Brett Anderson sur scène, c'est-à-dire avec la morgue joueuse de celui qui estime être porté par le destin au dessus du commun des mortels, de par ses coups d’éclat et ses actions courageuses. Il a dévalisé la Société Générale en passant par les égouts, s’est évadé du palais de justice niçois en passant allègrement par la fenêtre, a joué au chat et à la souris avec la Police depuis l’Amérique du Sud, où il mena une vie de pacha qu’interrompit un cancer. Jean Paul Rouve est Spaggiari à l’écran, dans un film qu’il a réalisé, et où il joue d’ailleurs fort mal. Mais si.

Appréhendé en 1977, pour avoir conçu, organisé et réussi le célèbre casse de Nice, Albert Spaggiari s’évade du bureau du juge d’instruction. Pendant des années, il va rester insaisissable, résistant à toutes les tentatives de la police. Au cours de sa cavale fabuleuse en Amérique du sud, pourtant, il multiplie les rencontres avec des journalistes, fait des photos en forme de pied de nez facétieux au public français.
Vincent, reporter, réussit à l’approcher pendant quelques jours dans une ville d’Amérique du Sud et découvre un être qui n’a rien à voir avec le grand banditisme, une sorte de Cyrano de Bergerac, généreux et fauché, souffrant de ne pas profiter plus de sa gloire, looser grandiose, vantard plein d’humour et de contradictions mais qui reste traqué par la police française. Fasciné par le personnage, il va laisser Spaggiari s’envoler définitivement, alors qu’il le tenait enfin. Eloge du grand banditisme, sans haine ni violence, ce qui devrait donc tout excuser.

Le film est mauvais. Oui, j’ose le dire. Rouve n’est pas mon acteur préféré, et hormis sa prestation remarquable dans Podium, je l’ai toujours trouvé fort modeste. Il confirme cette fois encore, en insufflant à Spaggiari ce coté « gloriole poétique » qu’il fait presque toujours confiner avec le pathétique et un jeu d’acteur stéréotypé. En s’attardant bien plus sur l’humanité du bandit que sur ses exploits chalumeau en main, il nous offre quand même des pages d’humour de ci de là, mais l’ensemble reste décousu et un peu amateur. Dès la mosaïque d’introduction, faite d’images de l’évasion du tribunal, de fuite dans le vieux Nice ( mon quartier ! D’ailleurs j’ai assisté à une partie du tournage ) et de clins d’œil aux actus de l’époque, on sent à plein nez le potentiel inexploité, le film qui va exploiter trop maladroitement ses quelques bonnes idées, pour se perdre assez vite dans l’anecdotique. Gilles Lellouche est un peu plus crédible dans la peau du flic/reporter pour Paris Match, et on se prend à trembler plus souvent pour lui que pour le cambrioleur niçois. La scène du premier hold up de Spaggiari, encore adolescent, feutre mou sur la tête, est complètement bancale. Et encore : l’humour à la Rouve, c’est de l’humour Canal, à mi chemin entre la Private Joke et les Robins des bois. Tout ça a son public, mais ça n’était pas le thème du film, finalement. Alors oui, ce SANS ARME NI HAINE NI VIOLENCE n’est pas non plus un ratage total, et peut même se laisser regarder si on est assez indulgent, mais je m’attendais bien plus de cette reconstitution, sur tous les plans. Spaggiari est finalement incarné dans toute sa flamboyance à l’écran, malheureusement campé par JP Rouve. Sans Arme, etc… mais aussi sans grand intérêt ? (5,5/10)

Publié dans AU CINE CE SOIR

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