PORTISHEAD "Third"

Publié le par DEVOTIONALL

Avant de revenir sur le devant de la scène avec un troisième album ( THIRD le bien nommé ), PORTISHEAD partait déjà avec un double handicap : Celui de devoir répondre à une attente de plus de dix ans, qui amène un haut degré d’exigence, et de retrouver sa place dans une configuration musicale qui ne lui est guère favorable, le Trip Hop de Bristol étant plutôt au creux de la vague. Tricky et Martine Topley-Bird ont beau annoncer eux aussi un retour imminent, le son bristolien a connu ses heures de gloire, mais a depuis perdu de sa superbe. Comme prévu ce troisième album utilise une recette simple et qui fait la « patte » du groupe : une atmosphère sombre et lourde, des beats mutants et tout un éventail d’effets oppressants qui provoquent chez l’auditeur la sensation d’une catastrophe imminente ( comme sur « We carry on » et sa basse profonde et insistante, couplée à une sorte de klaxon, ce qui n’est pas sans évoquer la musique indu allemande ).

Mais que vaut vraiment cet album, entendu que Portishead sera de toutes manières forcément au dessus de la moyenne de la médiocrité ambiante ? De combien de mètres, la haut au dessus des nuages, où tout juste à quelques centimètres, pratiquement à portée de main ? L’album s’ouvre une voix en portugais qui expose une théorie mystique : à savoir que que toute l’énergie dégagée par un individu lui reviendra, sous forme positive ou négative, peu importe. Une idée cyclique, proche du karma, voilà qui n’était pas forcément prévu, dès l’intro avec « Silence » et son atmosphère empruntée à la guerre froide, avec ses sirènes d’alarme en toile de fond. Sur « Hunter » on réapprend à faire connaissance avec les qualités vocales de Beth Gibbons, dans un morceau d’une noirceur évidente. Pour trouver un titre vraiment novateur ou en tous les cas prêt à s’enraciner dans votre esprit, il faut attendre « The rip » où une gentille petite guitare qui chante à la manière d’un hautbois fini par se métamorphoser en un son puissant de synthé moog, pendant que Beth parle de chevaux sauvages blancs qui l’emporteront peut être. Sur « We carry on », le déjà cité, on se rend compte que Portishead recourt désormais à la tentation du gros son indu, en lieu et place des scratches qui autrefois planaient sur nombre de titres. Curieusement, le single « Machine gun » est loin d’être le point fort du disque, et ne se sauve que grâce à la majesté du chant de son interprète. « Small » est lancinante, avec son déluge martelé en milieu de titre, mais au final me laisse assez froid. « Threads » est très bien placé en fin de disque puisqu’il vient conclure le discours avec des arrangements sobres mais efficaces, et une voix sublime de sorcière flottante.

Franchement, il est très difficile de se faire une opinion sur ce disque. Assurément inférieur à ses deux prédécesseurs, il n’en reste pas moins fort intéressant et crée une telle sensation de claustrophobie et de noirceur étudiée qu’il ne décevra pas l’essentiel du public de PORTISHEAD. Mais il reste quand même la sensation que Beth Gibbons use encore et toujours des mêmes comptines déchirantes pour faire fondre l’auditeur, et que la volonté de truffer l’album de sons pervers est parfois ( mais pas toujours ) surfaite et fatigante. Un bon disque, donc, peut être plombé par l’attente folle et la magnificence d’anciens titres comme « Wandering star » ou « Hald day Closing » qui sont un bien lourd héritage à porter. Ce sera là la clé de voûte pour apprécier Third, ne pas le comparer aux autres, prendre les morceaux qu’il contient pour ce qu’ils sont, et ne pas les placer en perspective. Car oui Portishead plane la haut, dans les cieux menaçants la tempête, mais il fut une époque où il étaient si haut que nous les croyions on orbite, pour toujours. (7/10)


Third, pour troisième. Simple, non?

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DEVOTIONALL 08/05/2008 09:01

Il n'est pas mauvais quand même, bien sur! Mais inférieur aux deux premiers, sans l'ombre d'un doute. Ciao!

SysTooL 07/05/2008 16:58

Toujours pas écouté... les avis que j'ai pu recueillir jusqu'à présent sont plutôt favorables, ta critique venant contraster un peu l'opinion générale, ce qui est une bonne chose :-)A+SysTooL