THERE WILL BE BLOOD ( de P.T.Anderson )

Publié le par DEVOTIONALL

 

Est-il vraiment possible d’ignorer un film qui se permet d’avoir une photographie irréprochable ( signée Robert Elswit ), des acteurs au sommet de leur talent, un scénario plein de noirceur comme même Scorcese n’en aurait point pondu ? Bien sur que non. C’est ainsi que dans les salles nous pouvons trouver, depuis deux semaines, le superbe THERE WILL BE BLOOD, un film qui suit la destinée d’un des pionniers de l’industrie pétrolière, et qui est aussi un remarquable moyen de comprendre toute la fureur et l’horreur d’un monde sans pitié, aux antipodes du Dallas clinquant et bottes en croco chèr à Bobby Ewing. Comme si cela ne suffisait pas, Johny Greenwood, guitariste d’un des plus grands groupes rock de tous les temps ( Radiohead, of course ) saupoudre le long du film une BO toute personnelle et envoûtante qui contribue à créer une atmosphère au couteau.
Dans ce film, l’action se déroule au début du XX°siècle. Là où l'Amérique se fit à coup de pioches, de sueur, de règlements de comptes au fusil et de chercheurs d'or. Et ce fut ensuite pire encore, puisqu’ il y eut l'or noir, au Sud, là où le blé ne pouvait même pas pousser. Sans l'aide de personne, Daniel Plainview (Daniel Day-Lewis, plus grand que jamais) s'est acharné sur un tas de cailloux, a trouvé un peu d'or et d'argent. Il a creusé encore, remonté du pétrole à coups de seau et de poulie sous un soleil de plomb, a vu mourir des hommes englué dans le liquide épais. En dix ans, le voilà devenu un des pionniers des pionniers, de ceux qui feront l'histoire de l'industrie pétrolière du Sud des Etats-Unis. Pour lui, tous les coups sont permis, sa carrière et son ambition ne peuvent souffrir du moindre scrupule. Il se sert et use de tous et de tout, de son propre fils et des sectes évangélistes.  Le mythe américain du self made man en prend du coup un sérieux… coup ! Si l’émergence d’une nation et de sa nouvelle économie toute puissante s’est  faîte dans de telles circonstances, alors on comprend ( et c’est là que le titre du film est pertinent ) qu’à la sueur se sera mêlé probablement aussi un flot de sang à faire perdre la raison.  Deux heures quarante magistrales qui replacent d’éternelles luttes ( le pot de terre contre le pot de fer ? ) et de sempiternelles questions ( jusqu’où aller pour sa propre ascension ? ) au cœur d’une véritable saga qui enquête sans concessions dans le monde des pulsions humaines, de ce que cette humanité peut avoir de plus bas et retors, mais aussi de plus obstinée et de déterminée. De l’ombre à la lumière, et vice versa, ainsi naissent les chefs d’œuvres. (8/10)


L'excellent D.Day-Lewis prêt à user de tout et de tous, même de son fils.
Un mythe fondateur sans scrupules, un film excellent

Publié dans AU CINE CE SOIR

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