LA FAUTE DE L'ABBE MOURET ( E.Zola )

Publié le par DEVOTIONALL

 

Et nous voici donc déjà arrivés au cinquième volume des Œuvres de Zola. Cette fois, il s’agit de LA FAUTE DE L’ABBE MOURET, livre que dans un premier temps son auteur envisageait de nommer « La bêtise de l’Abbé Mouret ». Le curé en question dans ce volume 5, c’est Serge, qui ne vous est pas inconnu si vous avez suivi jusqu’ici les différentes aventures de la famille des Rougon-Macquart. Serge est le fils de Marthe et François, le couple protagoniste du roman précédent. On l’y voit d’ailleurs partir pour rentrer dans les ordres, à la moitié du livre. Il a été nommé curé dans un petit bourg, en Provence, et vit dans la cure, avec sa jeune soeur retardée, Désirée, et La Teuse, sa femme de ménage mal dégrossie. Sa vie se déroule sans heurts notables, toute imprégnée de la joie de Dieu, jusqu’à ce qu’il rende visite un jour à l’anticlérical du village, qui possède un vaste jardin merveilleux ( le Paradou, un nom bien pensé ) et surtout… une fillette de seize ans qui gambade en liberté parmi les arbres et les fleurs, et qui va bouleverser l’existence chaste de notre gentil cureton.
 
Zola avait décidé de s’attaquer au thème de la religion en conflit avec les désirs de la chair, et par là même il signe un très joli roman sur l’éveil à la sexualité d’un jeune home jusque là ignare des choses du genre : à l’époque le X ne fleurissait pas partout sur le net. Serge tombe malade et part se rétablir au Paradou, où la jeune Albine va veiller sur lui pendant la convalescence. A son retour en forme, les deux tombent profondément amoureux, mais comment un amour charnel peut il remplacer celui divin et pur qui brûlait dans le cœur de Serge ? C’est l à tout le drame de ce livre différent des premiers tomes. Ici point de dénonciation sociale, nous sommes dans la littérature bucolique et pastorale, où la nature est un personnage à part entière, le Paradou semblant être un Eden moderne qui tente les deux jeunes amoureux et les incite à la faute. Zola exagère par moments, avec de longues pages de description, probablement réalisées grâce à des encyclopédies botaniques, qui donnent au tout un caractère artificiel. Mais quand il s’attarde avec tendresse sur ses personnages, quand il analyse la montée en puissance de l’amour charnel, l’éveil à cet amour, et le retour soudain de la foi endormie, c’est avec une retenue et une maestria rarement atteinte dans la littérature française, malgré ce que peuvent dire les détracteurs. Un roman un peu en marge, faussement naïf, très poétique, qui n’apporta pas le succès à Zola : une enquête fut même demandée contre l’écrivain accusé de corrompre les bonnes mœurs et de ridiculiser l’Eglise. Ce n’est pas à Beigbeder que cela arriverait, trop occupé qu’il est à se faire des lignes blanches sur le capot de sa voiture en pleine nuit. Ah la littérature engagée…



Un peu de patience pour les autres volumes
L'agreg m'obblige à me concentrer sur d'autres livres...
Mais tout vient à point à qui sait attendre.

Publié dans Journal des culturés

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Jean Lieffrig 30/11/2008 21:44

Une merveille en effet, une richesse de langue incomparable!
Les éditions littéraires sonores Autrement dit en termine d'ailleurs l'enregistrement de la lecture intégrale par Alain Carré qui a déjà lu Un Balcon en Forêt de Gracq ou le Zola belge Camille Lemonnier!
voila pour tous ceux qui cherchent à entendre autre chose que la facilité littéraire qu'on fait passer maintenant pour de la révolte -:)!
je partage bien votre avis cher futur agrégé!