6 PERSONNAGES EN QUETE D'AUTEUR

Publié le par DEVOTIONALL

Je voulais vous parler d'une pièce de théâtre aujourd'hui, un des grands classiques du dramaturge italien LUIGI PIRANDELLO. Et j'avais choisi les SIX PERSONNAGES EN QUETE D'AUTEUR, qu'aucun lecteur concerné par le genre ne peut ignorer. Et puis je me suis rendu compte que le grand critique Georges Pitoeff a déjà tout dit avant moi, ce qui tombe bien car j'ai peu de temps libre ces jours ci. C'est donc à lui que nous devons l'analyse qui va suivre, et qui je le souhaite poussera les derniers ignorants à lire cette oeuvre incontournable. Rideau :

Pirandello imagine que six personnages d'une pièce conçue et non achevée prennent corps, et se présentent au directeur d'un théâtre, en le priant d'écrire la pièce dont ils sont les héros. Ils sont abandonnés par leur auteur, vivants et sans vie ; leur destin est de vivre éternellement leur drame, leur désir, de s'incarner, dans une œuvre achevée, écrite, telle est la trame de la pièce.
"La nature se sert de l'imagination humaine pour continuer sur un plan élevé son travail de création", dit le Père. Ces six personnages sont la création de l'imagination humaine. Et le conflit éclate par la rencontre de cette création - précisons: de ces six personnages - avec les hommes, créatures de la Nature. Evidemment, pour nous, nous sommes les êtres réels, tandis qu'eux ne sont que la fiction. C'est nous qui entendons ainsi les choses. Mais, pour les personnages, c'est le contraire ; ce sont eux qui sont éternels, immuables dans leur réalité palpable, alors que les hommes ne touchent et ne respirent qu'une réalité destinée à un changement perpétuel : une réalité fugace et passagère, une "illusion de réalité dans la comédie vide de l'existence". Qui est le plus réel ? Qui est réel ? L'homme ou sa création ? Shakespeare ou Hamlet ? Dieu a créé Shakespeare, Shakespeare a créé Hamlet ; or, la réalité de l'existence de Shakespeare n'existe plus ; la réalité de celle d'Hamlet est éternelle. Voilà le conflit.
A cette idée dominatrice de l'œuvre de Pirandello s'ajoutent, en se multipliant, de petites et de grandes sources d'idées, de sentiments, de grotesque, de rires et de larmes, englobant dans leur structure philosophique les diverses faces de l'existence humaine sur la terre, et de l'aspiration de l'être humain à perpétuer la Vie par la force créatrice de l'élément divin, éternel qui résiste à la mort de son corps, et le prolonge dans le temps.
Shakespeare vivra toujours dans Hamlet.

Si vous vous souvenez bien, c'est un peu le dilemme de Peter Parker aux prises avec son clone, dans le superbe Marvel omnibus "La saga du clone" chroniqué dimanche dernier. Comme quoi, tout peut mener à tout, à bien y penser!


Luigi Pirandello aimait montrer ses biceps

Publié dans Journal des culturés

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