LA LIBERTE (DE CONSOMMER)

Publié le par DEVOTIONALL

 

LA LIBERTE est une des grandes valeurs intouchables de nos sociétés occidentales modernes. Voire même, peut être, la première grande valeur. La liberté, entendue au sens de liberté d’opinion, de présenter une force d’opposition crédible au pouvoir, liberté pour une nation de revendiquer son indépendance face aux anciens blocs dominateurs. Mais la Liberté, ce grand idéal, est-il toujours ce qui convient le mieux à chacun ? Je pose la question car une enquête vient d’être réaliser auprès des collégiens et lycéens de l’ancienne Allemagne de l’Est, avant d’évaluer leurs images de l’ancienne dictature. La grande surprise est qu’une grande partie d’entre eux regrette un temps qu’ils n’ont pas connu, et la majorité affirme que ce pouvait pas être pire, au niveau social. En cela beaucoup répètent l’opinion communément diffusée chez les parents, que autrefois, ça n’était pas pire. Mais ces gens n’étaient pourtant « pas libres » ?
La question est : est-il mieux de mourir de faim ou de connaître les affres du chômage dans sa propre nation, bercé par le doux son de l’hymne national et les couleurs du drapeau local, ou vaut-il mieux accepter le joug d’une autorité indiscutable et qui refuse la discussion, et avoir un peu plus de certitude ? La question mérite d’être poser, car en abattant le mur de Berlin, en faisant tomber le rideau de fer derrière lequel s’abritaient les régimes communistes, l’occident a pensé que la Liberté, la vraie liberté, trouverait d’elle-même son chemin. Ce qui est faux.
Les seules valeurs que nous véhiculons, nous sociétés historiquement libres, ne sont pas celles de la chance égale pour tous, de la grande fraternité promise, mais juste d’une possible reconnaissance sociale pour ceux qui ont et pourront avoir plus encore, et l’exclusion, l’indifférence au mieux, pour ceux qui n’ont rien et ne désirent pas participer à cette course effrénée à la consommation de masse. En rendant les anciens peuples de l’Est conscients de ce que nous avons et qu’ils ne pourront pas acquérir, ou sinon par des élites et au prix de sacrifices lourds par les autres, nous leur inculquons que la liberté est une valeur marchande, que le libéralisme sauvage est le paradis sur Terre, où d’obscurs biens matériels et illusoires miroitent dans la marre aux mirages. Nous leur apprenons en fait ce que nous savons nous autres depuis des siècles, à savoir que nous ne sommes jamais aussi libres que lorsque nous sommes riches, bien nés et au dessus de la masse prolétaire. Et nous les frustrons de la sorte, les amenons même à idéaliser une période de non liberté individuelle, où les besoins étaient de toutes façons moindres, dans une société où un contrôle austère et étatique régulait de toutes manières les besoins de chacun. Les pays de l’Est connaissent aujourd’hui les désillusions de la France de la Réforme, après la révolution de 1789, quand les rêves de liberté se sont confrontés à la dure réalité d’un monde qui de toutes manières n’admet pas l’égalité pour tous, l’être humain étant foncièrement attiré à la base par le profit et l’usure.
Ce discours est aussi et en partie applicable aux pays islamistes. La, la religion est le paravent derrière lequel se réfugier : plutôt que d’entretenir l’espoir de vivre comme nous ( ce qu’ils sont conscients de ne pouvoir faire ) ces peuples se cachent derrière une religion sévère et austère qui condamnent tout ce que le simple croyant ne peut de toutes manière acquérir, et dont le désir de possession finirait par rendre fou. Si pour chaque bombe tombée sur le sol irakien les américains avaient plutôt choisi d’envoyer un cheese burger ou d’ouvrir un fast food « du salut » en distribuant des repas à l’américaine, la colonisation de ce pays par le rêve illusoire de la liberté occidentale, par son mode de vie luxueux et luxurieux, aurait déjà réussie. Au lieu de cela, ils ont choisi le choc des civilisations, qui n’en est pas un. Juste le choc de deux ambitions et de deux modèles économiques, ce qui résument finalement tristement ce qu’est devenue aujourd’hui la simple et belle idée de liberté. 



Dans Le Monde : Les allemands regrettent

Enfin je vous invite FORTEMENT à lire cet excellent état des lieux de la presse française signé Jean François Kahn.

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