CONFESSIONS : SABRINA

Publié le par DEVOTIONALL

 

L’heure est finalement venue d’aborder ce chapitre de ma vie que j’ai pour le moment mis de coté sur ce site : Sabrina. Je lui avais promis de ne pas la mettre en scéne dans un de mes récits ou d’éviter de parler d’elle, mais les promesses solennelles sont toujours légèrement surfaites, et comme je n’aurais que du positif à raconter sur cet épisode, je pense que si elle vient à lire ces lignes, elle ne m’en voudra guère.
 
Sabrina fut une période exaltante de ma vie, alors que tout semblait indiquer le contraire. J’étais revenu en France après deux ans passès à Rome et je me retrouvais à jouer au prof non titulaire à Amiens, qui est renommée pour sa movida et son climat, comme chacun le sait. Là, au milieu d’un ennui sidéral, apparut Sabrina, un soir d’hiver naissant. Il neigeait déjà et ma grande veste noire était recouverte en quelques minutes de flocons glacés. Je devais rencontrer la nouvelle assistante arrivée dans ce beau village, et tel fut le cas. D’elle, je ne vis qu’un regard, au premier abord. Deux bijoux turquoises d’une intensité incroyable, deux puits sans fond dans lesquels nombre de naufragés devaient se noyer régulièrement. Que dis-je, deux puits ? Deux fois la Fosse des Mariannes, oui... Pour le reste, elle portait un bonnet enfoncé jusqu’aux sourcils, et des vetements lourds pour se protéger du froid. Instantanément, j’ai senti la neige fondre sur ma veste, et un climat tropical a envahi Amiens.
 
La conquérir ne fut pas chose facile, mais pour votre serviteur, rien n’est impossible. Si son regard était de glace, ses cheveux l’étaient de braise, et son caractère un mélange des deux. Elle souflait continuellement le chaud puis le froid. Nous étions plein de projet et amoureux le lundi, puis elle optait pour la solitude le mardi, avant de revenir le jour suivant... La première petite rupture fut une déchirure qui me remplit de desespoir jusqu’à faire déborder le tout dans un accès sauvage de tristesse et d’impuissance. Les suivantes passèrent presque inaperçues, comme les répliques d’un grand tremblement de terre : vous savez qu’elles sont naturelles, vous les attendez presque, et vous devinez qu’elles sont certes désagréables, mais désormais inoffensives. Je faisais la route pour Padova, pour la retrouver, meme en période de Capes. J’y étais 48 heures avant de passer les oraux, et une de nos ballades romantiques dans la campagne vénitienne s’est soldée par une otite phénoménale qui fait que j’ai passé les examens sans le son stéréo : je n’entendais plus rien d’une oreille.
 
Alors pourquoi nous sommes nous laissé, avec un tel cadre idyllique ? Je ne suis pas toujours fièr de moi, à y repenser, mais je tente de m’expliquer. A force de vivre dans l’incertitude, et surtout quand vous etes autant impliqué que je l’était, vous finissez par vous bruler le cerveau comme une sigarette sur laquelle le fumeur tire trop promptement. Je n’en pouvais plus ; je l’adorais et ne pouvais envisager de la perdre, mais je ne voulais plus jouer à ce jeu pervers des montagnes russes sentimentales. Certes j’aurais pu faire preuve de plus de compréhension, me comporter différemment, mais je suis humain, après tout, et mon besoin d’etre apprécié et reconnu chaque jour et sans conditions m’a poussé ailleurs, vers une autre histoire qui est née de manière radicalement différente, mais probablement plus rassurante et « normale », si tant est que la normalité est une qualité. C’est moi qui ai signifié la fin définitive de notre relation, et pas franchement avec tact et subtilité. Je ne vous recommande pas de devoir agir aussi brusquement et avec tant de décision quand en fait vous etes toujours autant épris de votre ami(e) et que sur le coup, son départ provoque un vide immense comparable à la disparition des Twin Towers. A coté, déclarer sa flamme, pour le grand timide, est un simple exercice de style des plus amusants. Cette blessure, bien que ma vie soit allée de l’avant dans tous les domaines, sentimentalement compris, comme vous le savez, ne s’est jamais vraiment refermée. Aujourd’hui encore je n’arrive pas à faire autrement, par moments, qu’à gratter la plaie avec la curiosité de savoir si elle saigne encore... ce qui immancablement finit par arriver. Je ne crois pas, quand on aime ou on a vraiment aimé, qu’il soit possible de « désaimer » ou d’oublier ces sentiments. On peut les mettre de coté, les adoucir ou les cacher, les maitriser quand on a la chance d’aimer à nouveau, d’une autre manière, une autre personne, mais ce type de relation, tempétueuse mais profondissime, laisse des stygmates qu’en plus, je ne voudrais pas voir disparaitre.
Si après tout ça je vous dis qu’Amiens m’a laissé de bons souvenirs, vous alley y croire ?
                       

( Pas de circonflexes, merci les claviers italiens ... )


Tour Perret à Amiens : de l'angoisse à l'euphorie...

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Tommawack 24/08/2007 22:41

C'est beau (en plus je me souviens bien du Devotionall de l'époque...)

Et de lire qu'Amiens t'a laissé de beaux souvenirs est si émouvant... Je te rassure il en est de même pour moi !

DEVOTIONALL 25/08/2007 10:58

Période émouvante. Et toi qui à l'époque sombrait peu à peu dans l'alcoolisme et la cocaine. Finalement tu as su t'en sortir, je t'en félicite