NIP/TUCK : Cynisme moderne

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Devant l'insistance de certaines personnes, et afin de faire preuve d'une bonne foi inébranlable, j'ai décidé, durant ces derniers jours, de me pencher enfin sur le cas de NIP/TUCK, une des séries phares du moment, en ces temps etranges ou le format épisodes et personnages à répétition a le vent en poupe au détriment du cinéma. Loin d'être la daube redoutée, cette série possède un fond intelligent et un discours en filigrane, sur le règne des apparences et la quête de la perfection, qui mérite qu'on s'y attarde.

La série Nip/Tuck propose de suivre la vie et les opérations de deux chirurgiens esthétiques qui possèdent une clinique à Miami, en Floride, où ils reçoivent, épisode après épisode, des patients venus de tous les horizons. Sean McNamara (Dylan Walsh) est partagé entre son travail et sa vie familiale tandis que son partenaire, Christian Troy (Julian McMahon, que l'on a pu voir notamment dans Profiler et Charmed, c'est aussi le très mauvais Doctor Doom dans Fantastic Four ), est un séducteur invétéré, qui utilise sa clinique pour satisfaire des pulsions sexuelles.

Nip/Tuck se distingue par le rendu très réaliste des interventions chirurgicales et par ses scénarios parfois provocants (voir en particulier les épisodes avec la vénéneuse Ava Moore, interprétée par Famke Janssen). Mais, au-delà, elle décrit avec intelligence et subtilité le parcours de deux amis qui, la quarantaine venue, sont à l'heure des bilans. L'un comme l'autre semblent avoir tout réussi et se trouvent pourtant confrontés à leurs échecs. Le choc est particulièrement rude pour Sean, qui avait fait le choix de la stabilité et voit ses certitudes s'évanouir et sa famille se disloquer autour de lui.

Au-delà de sa provocation affichée, Nip/Tuck décrit la lente dégradation d'une famille et le questionnement des deux héros à qui, en apparence, tout a réussi et qui s'interrogent sur leur vie tout en accumulant les erreurs de jugements et les faux-pas en tentant de rattraper leurs erreurs précédentes.

Pour ceux qui s'interrogent sur le sens du titre de la série, Nip/Tuck est une expression familière signifiant littéralement pincer (to nip) et border, replier, rentrer (to tuck) et qui désigne l'opération la plus courante de la chirurgie esthétique : le lifting. Autres anecdote : Vanessa Redgrave qui joue le rôle de la mère de Julia, la femme du docteur McNamara, est aussi la mère de son interprète, Joely Richardson. ( Merci à Hern, moniteur/éducateur )

Le tout est très glossy : esthétique soignée, superficialité assumée. Les deux héros de la série se complétent à merveille, mais attention toutefois à ne pas abuser de cette série : remplacez le pétrole par des seins en silicone, l'horrible JR par le retort Docteur Troy, le Texas par la Floride, et vous obtiendrez un Dallas des temps modernes. Temps modernes où les héros affichent un sourire carnassier et taillent dans la graisse de garces fortunées, baisent leurs clientes entre une opération et l'autre et érigent leur pognon comme arme ultime d'affirmation de soi. On en rirait bien et on trouverait cela si pathétique, si quelque part, ça n'était pas non plus aussi la réalité. NIP/TUCK, c'est de la grosse fiction à l'américaine, mais pas seulement, et c'est cela, le pire...



Quand on vous dit que le monde est devenu cynique à l'extrême...

Publié dans LA TELE REND IDIOT

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SysTooL 13/08/2007 16:47

Une série dont j'ai apprécié les deux premières saisons, mais dont les suivantes sont tout de même nettement moins intéressantes... ça tourne en rond et on ne sait plus vraiment quoi inventer pour provoquer... SysTooL