Vendredi 11 juillet 2008

Si la vie d’Emile Zola est devenue bien plus aisée que par le passé, sa vision et sa crainte de la mort est de plus en plus forte : il perd sa mère et le deuil est long à faire, il perd Flaubert, un de ses plus sus soutiens dans le monde de la littérature… Dans ces conditions, impossible de s’attaquer à ce roman « pause bucolique » qu’il a en tête depuis deux ans et qui devait suivre « Nana ». Zola devrait livrer trop de lui-même, notamment tout un chapitre où le personnage principal perd justement sa mère. Impossible car encore trop présente, cette blessure intime. Alors fort logiquement Emile propose une suite ( phénomène nouveau dans son œuvre ) au roman précédent. Nous avions laissé Octave Mouret et le monde peu ragoutant des bourgeois parisiens, nous retrouvons notre homme à la tête de grands magasins en pleine expansion, d’un bazar géant qui s’apprête à dévorer tous les petits commerces du quartier pour devenir une implacable machine moderne à faire de l’argent et qui pousse à la consommation. Etienne est veuf mais il a su s’élever grâce à la défunte, et il saura à merveille faire fructifier son patrimoine. Mais attention à l’amour qui est toujours là quand on s’y attend le moins…

 

Denise Baudu, accompagnée de ses deux frères, arrive à Paris, dans l’espoir de trouver un travail chez leur oncle, propriétaire d’un petit commerce. Cependant, la boutique de l’oncle Baudu, comme toutes les autres du quartier, ne se portent pas bien et doivent fermer leurs portes les unes après les autres, en raison de l’installation dans le voisinage, d’un grand magasin, un temple du commerce moderne, Au Bonheur des Dames ( de là le titre du roman ). Denise se voit dans l’obligation de prendre une place de vendeuse au Bonheur, où elle passe les heures les plus pénibles de sa vie. Le travail est difficile, ingrat, et ses appointements ne suffisent guère à subvenir aux besoins de la petite famille qu’elle entretient. C’est sans compter les malveillances, les jalousies et les commérages des autres employés du Bonheur. Le directeur de cet établissement aux allures de grande industrie, Octave Mouret, est un jeune homme volage, ambitieux, intriguant et manipulateur. Cependant, malgré son tempérament intraitable et calculateur, Mouret se prend subitement d’affection pour Denise, affection qui grandit involontairement, d’une façon incontrôlable, tandis que la jeune fille, brebis vertueuse dans cet univers sans mercis, voit venir avec douleur la déchéance de toutes les maisons du quartier, écrasées par le succès du Bonheur, broyées sans pitié par les engrenages de sa croissance sans limites.

 

Zola ne fait pas, pour une fois, dans la dénonciation sociale, il se contente de présenter un fait que lui-même perçoit comme inéluctable, sans porter de jugements de valeur trop encombrants. Les grands magasins sont en passe de devenir incontournables, et il documente cette métamorphose du marché, avec une touche de complaisance. Le personnage de Denise semble être l’incarnation même de la vertu : impossible de la corrompre, jamais résignée ou abattue, elle insuffle un fort élan de vie dans le roman, au point d’en sembler franchement artificielle. Disons la vérité de suite : ce n’est pas le meilleur roman de la série, et il souffre parfois d’un lyrisme suranné dans certaines descriptions du magasin, qui ne sont pas sans évoquer les fromages du « Ventre de Paris », par exemple. En plus, ( attention spoiler –MDR lol - ) nous assistons à une fin heureuse, un dénouement que la critique bien pensante saluera bien bas, comme le retour du fils prodigue dans le monde sain de la bien pensance ( les pauvres déchanteront très vite…) : Octave possédera bien la jeune Denise, mais dans le cadre des liens sacrés d’un mariage, et pas avant ! Zola doute. Il le livre à ses proches amis : il craint de ne jamais plus trouver en lui la force et l’inspiration pour accoucher d’un roman digne de « Nana » ou de « L’assommoir », et la popularité qui s’en suit. On parlerait aujourd’hui de « peur de la pression ». En attendant ce Bonheur des Dames lui permet une réconciliation momentanée avec le lectorat de droite et réactionnaire, un certain consensus qui n’est pas à snober en ces temps de bourrasques. Et surtout de laisser s’écouler les mois nécessaires pour que le deuil se fasse, et s’élaborer définitivement sur les pages du prochain roman de Zola, dont je vous parlerai bientôt.




Les autres romans sont ici :

Tome 10 : Pot bouille

Tome 9 : Nana

Tome 8 : Une page d'amour

Tome 7 : L'assomoir

Tome 6 : Son excellence Eugène Rougon

Tome 5 : La faute de l'abbé Mouret

Tome 4 : La conquête de Plassans

Tome 3 : Le ventre de Paris

Tome 2 : La curée

Tome 1 : La fortune des Rougon

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Jeudi 10 juillet 2008


THE ORB est un de ces groupes que les amateurs d'electro adorent, et que les autres boudent, au mieux, voire détestent. Avec ce type de morceaux, il est rare de trouver un juste milieu. Pour ma part je me souviens d'une époque où même une chaîne honnie et selon moi délétère pour l'esprit commun, M6, diffusait toute une série de clips, durant la nuit, qui contenait parfois une étonnante sélection avisée : The Orb donc ( et c'est là que j'ai découvert cette vidéo ) mais aussi Orbital, toute la "french touch", Future Sound of London... Aujourd'hui que reste t'il de l'audace de la petite chaîne qui monte? Rien d'autre que de la merde en boîte, c'est à dire du Rnb formaté bagouze aux doigts et gros nichons étalés sur le coffre d'une cadillac. On dira ce qu'on veut de titres comme ce "Toxygene", mais je trouve cela rafraichissant et jouissif à coté de ces sous produits culturels qui véhicule une imagerie distordue. Serait ce cela, la Toxygene, l'oxygène toxique qui empoisonne les faibles esprits de la génération 15-25 d'aujourd'hui?
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Mercredi 9 juillet 2008


DISINTEGRATION, la bien nommée. A l'époque, on parle de la fin du groupe de Robert Smith comme d'une chose imminente. C'est lui même qui l'avait prédit, et ce n'est pas pour rien que l'album de 1989 porte ce nom. Sur ce disque, il y a un titre éponyme, fort, poignant, qui évoque le fin d'une histoire, un couple désagrégé, une histoire en morceaux, qu'on ne peut plus recoller. Des bruits d'assiettes brisées reviennent régulièrement, ajoutant au pathos, à cette fin inéluctable qui ne se fait pas sans fracas. De toutes façons, Smith n'a de cesse de chanter cette issue ; si le couple survit, il ne le fera pas à la mort de l'un des deux. Dans le bien ou dans le mal, un jour nous sommes seuls à nouveau. Alors puisque c'est ainsi, autant vivre avec en se préparant à l'issue. Memento mori, en somme. Précisons tout de même que les Cure ont depuis produit un bon paquet d'autres disques, repoussant la dissolution à date à fixer, et que Bob Smith est toujours aussi heureux avec Mary qu'il connait depuis l'adolescence. Ce qui n'empêche que quand il nous balance son Disintegration, en live comme ici à Berlin, on y croit toujours autant. Une petit conseil : la version à Glastonbury en 1995 est encore meileur, le sommet du genre à mon avis.
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Mardi 8 juillet 2008

Le lecteur de la première heure de Spiderman pourrait bien ne plus reconnaître le personnage aujourd’hui. Que de changements capitaux, que d’évolutions ! Nouveaux pouvoirs après une mort et une résurrection de Peter Parker, plus d’identité secrète puisque Peter s’est démasqué aux yeux du monde entier… Ce qui faisait le charme, la carte de visite de la série, a été profondément bouleversé. Récemment, l’araignée a finit par tourner le dos au gouvernement américain ( et à Tony Stark en particulier ) qui l’avait convaincu de se démasquer, et il est devenu de la sorte un fugitif recherché par les autorités. En cavale avec son épouse et sa tante ( toujours là celle là ! ) il réussit à éviter le projectile d’un tueur à gage du Caïd de la pègre, qui finit sa course dans la poitrine de l’inoxydable Tante May. En fin de vie à l’hôpital, elle semble définitivement perdu, ce qui plonge Parker dans d’affreux remords, lui qui se sent si coupable au point qu’il se dit prêt à TOUT pour la sauver. Tout, cela comprend aussi les hypothèses les plus folles, comme un pacte avec le diable, ici incarné par Méphisto. Ce dernier, toujours aussi retors, propose un joli marché de dupe : l’amour et le mariage de Peter et Mary Jane contre la survie de la Tante. Avec au passage, pour convaincre le tisseur d’accepter, le retour à l’anonymat ( plus personne ne se rappellera que Parker et Spidey ne font qu’un ) et donc à la possibilité de se refaire une vie. Peter va-t-il accepter de sacrifier celle qu’il aime, son couple, dont il perdra alors jusqu’au souvenir, comme si rien de tout cela n’avait été vrai auparavant ? Voilà une bien bonne idée pour relancer le titre, le ramener à un status quo scénaristique d’il y a plusieurs décennies ! Un bond en arrière incroyable et pourtant compréhensible tant l’évolution du tisseur semblait bien délicate à aborder. Le projet ONE MORE DAY a vraiment partagé les lecteurs, certains ayant réagi de manière très virulente et promis d’abandonner Spiderman. Les ventes, elles , se sont envolées, bien que rien ne puisse permettre d’affirmer qu’elles resteront hautes ces mois prochains. Joe Quesada, responsable éditorial de la Marvel, s’est attelé himself aux dessins, avec ce talent et ce style que j’adore et qu’on lui (re)connait. Straczynski signe un des scénarii les plus controversés de l’histoire des comics américains et vous arrache quelques larmes avec une ultime scène poignante entre Peter et Mary Jane, qu’on aurait préféré ne jamais lire. Rien à redire sur la qualité de l’arc, sur le rythme et le pathos, si ce n’est qu’à son terme, ce sont près de trente ans d’aventures de l’homme araignée qui partent en fumée. Vous allez adorer ou détester. Au point que je ne donne aucune note tant les réactions seront subjectives.


Actuellement en cours de publication en VF
dans les pages de la revue Spiderman, Panini comics, chaque mois

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Lundi 7 juillet 2008

ATTENTION : Cette chronique n'est pas pour toi, qui n'a pas atteint l'âge majeur de 18 ans. Certes tu ne m'a pas attendu pour télécharger des vidéos porno à l'insu de tes parents, sur le net. Mais tu n'as pas le droit et tu brûleras vraissemblablement en enfer pour tout cela. Pour les autres, sachez que vous ne pourrez pas voir ce film avec votre carte Ugc illimité. Ces messieurs sont trop sectaires...

Les films X ne manquent pas d’imagination quand il s’agit de réaliser un pastiche d’une œuvre classique. Cela regorge de titres hilarants et explicites, de « Les visiteuses » à « Anus Potter ». En ce mois de juin dernier, Fabien Lafait, le spécialiste français du genre a proposé un nouveau film qui va de suite vous évoquer quelque chose : BIENVENUE CHEZ LES CHTITES (coquines ) avec en sous titre sur la jaquette du dvd : Sortez vos biloutes. Pour ce film, l’équipe s’est rendu à Bergues, la ville immortalisé dans le film de Danny Boon, et y a tourné des scènes moins drôles mais forcément plus piquantes. Les dialogues sont censés être dans un dialecte chti approximatif, mais la plupart de ce qu’on y entend est absolument improbable, malgré les efforts de Sébastien Barrio en ce sens. Le script est un peu différent, il a fallu adapter librement :
Antoine Pignole est marié à Eva, dont le caractère dépressif lui rend la vie impossible. Pour lui faire plaisir, il prévoit de partir en vacances aux Canaries. Mais les attentats terroristes, les grèves à répétition et les hôtels bondés sur la côte le contraignent à choisir comme destination le Nord. Pour sa femme, le Nord c’est l’horreur. Alors, il ira seul en vacances. A sa grande surprise, il découvre un endroit ravissant, des gens chaleureux et des femmes très accueillantes… Il va se faire un ami, Sebastien, le cuisinier de l’hôtel, avec lequel il va faire le tour de toutes les Ch’tites coquines de la région.

Tony Carrera tient la vedette d’un bout à l’autre ( sans jeu de mot ) et parmi les meilleurs scènes, notons Eva Karera et son nez à la Cléopâtre, Lou Charmelle qui joue vraiment très mal, ou encore Vicky Vicci en gérante de baraque à frites, qui s’en sort avec les honneurs, ce qui est compréhensible pour une fille de…Cambrai. C’est Cecilia Véga qui décroche les lauriers en chtite volage dans ce film, où on déplorera quand même que le dialecte chti n’ait pas été exploité complètement. On aurait vraiment pu s’éclater de rire mais il faut croire que ce n’était pas indispensable pour le réalisateur. Au final un bon porno sympa avec de bonnes scènes croustillantes et de l’humour, mais qui ne vas assez loin dans la comédie et dans le décalé ; il y avait tellement à faire en ce sens ! De là à atteindre les 20 millions de DVD, il ne faut pas pousser quand même. Cela dit, c'est toujours agréable de voir que le flambeau du X festif et à scénario, celui des Barny et des Ricaud, continue de se transmettre, même en cette ère de gonzos et autres boucheries sanguignolentes. Rien que pour ça un bon point. (6,5/10)

 


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